Cécile STROUK Paris
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Publié le 23 août 2015
L’édition 2015 de la Mousson d’été nous a fait découvrir la pièce d’une auteure marocaine, psychiatre de métier, à la langue incisive : "Programme 1 : linge délicat." Entretien avec Roukaya Benjelloun.

À l'aune de ses 30 ans, Roukaya Benjelloun se lance dans l'écriture théâtrale, en plus de sa carrière de psychiatre. L'accès privilégié aux humains que lui confère son métier, associé à son goût pour les dialogues et pour l'observation, l'amène à développer une langue incisive, juste et toujours bienveillante. En l'espace de quelques années, elle écrit trois textes, les deux premiers en arabe et le dernier, présenté à la Mousson d'été 2015, en français : "Programme 1 : linge délicat."

C'est la première fois que vous voyez votre texte lu sur scène ?

Tout à fait. Et mon premier réflexe est de partir en courant ! Je me fais violence pour rester : c'est dur d'entendre son texte, de le voir vivre au-delà de soi sans aucune maîtrise. Maintenant, il existe tout seul, il s'est affranchi de moi, comme un enfant qui devient adulte. Quelque part, c'est beau. On se jette dans le vide à travers d'autres artistes qu'on ne connaît pas forcément bien. C'est périlleux par procuration.

C'est également votre première Mousson ?

Oui et je suis très heureuse d'être là parce que j'ai assisté à de superbes lectures. C'est la première fois d'ailleurs que je vois des mises en lecture, et j'ai été très impressionnée par la capacité des comédiens à donner vie et à rendre honneur à ces textes. J'apprécie également le fait qu'on puisse rencontrer du gens du théâtre, professionnels, amateurs ou curieux, et discuter librement avec eux.

Entretien Mousson d'été 2015 : Roukaya Benjelloun

Dans son édito, Michel Didym (ndlr : fondateur et directeur de la Mousson d'été) parle de "choc thermique", entre les cultures du sud et les cultures du monde. Comment voyez-vous la notion de choc au théâtre ?

Je ne peux pas affirmer si le théâtre est fait pour choquer ou pas. Sur mon travail d'écriture, je n'ai pas peur de secouer ou de mettre en danger le public. Je m'autorise à être un peu intrusive, un peu choquante. Mais ce n'est pas le moteur premier de mon écriture.

La rencontre entre les deux femmes de votre pièce se déroule dans une laverie... Pourquoi avoir choisi un tel lieu ?

J'adore le trivial, les espaces qui ont l'air de rien, les laveries, les péages, les choses auxquelles on n'attache pas d'importance. Ca me plaît de démarrer mes pièces dans des espaces quelconques. De partir de cet infiniment pas terrible pour aller vers un infiniment moins terrible.

Propos recueillis par Cécile Strouk et Stephen Bunard en direct de l'Abbaye des Prémontrés (Pont-à-Mousson). Retranscription : Cécile Strouk.

Entretien Mousson d'été 2015 : Roukaya Benjelloun