Sir William et quelques autres
Jean-Pierre BOURCIER Avignon
Contact
Publié le 24 juillet 2015
Qu'il s'agisse d'« Antoine et Cléopâtre », du « Roi Lear » ou de « Richard III », le sieur William Shakespeare reste un maître incontesté questions sentiments troublants, intrigues complexes mais lumineuses ou autres portraits ciselés de personnages remarquables. Les metteurs en scène ne s'en lassent donc pas. Mais cette 69è édition du Festival In d'Avignon aura aussi mis en lumière quelques pépites comme cette exceptionnelle mise en scène de Krystian Lupa avec « Des arbres à abattre » de Thomas Bernhard, par exemple, ou celle sensible de « Meursault, contre enquête » de K. Daoud.

'Antonio E Cleopatra'

Prenons la proposition du metteur en scène portugais Tiago Rodrigues. Il s'inspire des deux amants mythiques, Antoine et Cléopâtre, inventés par Shakespeare (respectivement les comédiens Sofia Dias et Vitor Roriz, excellents) et recompose l'histoire d'une façon quasiment littéraire. Il fait entendre leurs paroles comme des chants magnétiques. Redessine l'espace scénique en une large ouverture au monde. Il y a là une inventivité surprenante, une poésie magnifique, un vrai contre-pied au jeu théâtral traditionnel. Et c'est gagné.

Au Théâtre Benoît-XII

'Richard III'

Si nous n'avons pas vu le « Roi Lear » mis en scène par Olivier Py, Thomas Ostermeier, le patron de la Shaubühne-Berlin, présentait un « Richard III » plein de tensions, de folles passions, de violences et de surprises aussi, sur fond de guerres de successions royales en Angleterre. Les coups bas, les crimes et autres querelles de familles se succèdent à qui mieux-mieux. Tout cela est mis en scène sur 2000 volts avec changements de tableau rapidement expédiés et comédiens qui savent y faire pour mettre la tension. Ce Richard III, roi bossu et maléfique, est interprété ici par la star Lars Eidinger. A-t-il eu un coup de chaud ? Un bonheur d'être dans ce grand festival d'Avignon ? A force de clins d'œil vers le public, de postures parfois trop extravagantes et autres ficelles un peu convenues, le comédien a réduit le monstre bossu shakespearien à un clown de cirque. Dommage.

A l'Opéra Grand Avignon

Sir William et quelques autres

'Meursaults'

Il y a quelques mois, paraissait en librairie un livre de Kamel Daoud titré « Meursaults, contre enquête » aux éditions Acte Sud. Une écriture lumineuse. Une histoire poignante et passionnante inspirée du roman d'Albert Camus « L'Etranger ». L'assassinat d'un homme, dans les années 1940 en Algérie, sur une plage. L'adaptation et la mise en scène de Philippe Berling est d'une sensibilité étonnante pour faire entendre le frère de l'arabe 'sans nom' que Meursaults a assassiné sur une plage...

Au Théâtre Benoît XII

'Dinamo'

Sur le plateau du gymnase du Lycée Mistral, un mobil-home façon « écorché » bien sûr immobile. On devine des lieux de couchage, une cuisine/kitchenette, douche, WC... Silence sur le plateau mais beaucoup de mouvements insolites. L'une dort ou s'agite dans ses rêves. Elle est la propriétaire de ce camion sans destination. Une autre se cache où elle peut sur le toit ; elle est étrangère et attend des jours meilleurs. La troisième, nièce de la première, sort d'un hôpital psychiatrique et espère faire carrière dans le tennis. Cette production étonnante vient d'Argentine. La mise en scène est signée Claudio Tolcachir, Melisa Hermida et Lautaro Perotti.

Au Gymnase du Lycée Mistral