Marie-Pierre CREON Paris
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Publié le 8 mars 2015
Des corps qui s'aiment, s'affrontent, se jettent, se rejettent. Des mots qu'on lance, des paroles, des états d'âmes. Des corps déliés, entravés, libérés. Des stances et des portés acrobatiques. Un huis-clos en quatuor où la mise à nu des âmes déchirées est le leitmotiv de ce spectacle mêlant l'art de la danse et du théâtre inspiré par le livre 'Autoportrait' d'Édouard Levé. Conçu par Guesch Patti, ancienne discipline de Roland Petit et de Pina Bausch, et danseuse avant tout, "Re-Vue" est une introspection en mouvement. Rencontre avec une passionnée de danse qui est sa vraie maison.

Fin de semaine, bar du théâtre de l'Atelier. Le ciel commence à se faire entre chien et loup, plus tout à fait hivernal, pas encore printanier. Sur la place Charles Dullin, le soleil se retire sur la pointe des pieds.

Une silhouette noire apparaît. Très droite, impatiente, énergique, chaleureuse. Guesch Patti tient à saluer personnellement ses interlocuteurs d'une poignée de main franche, un sourire avenant derrière ses lunettes un brin fumées.

La conversation s'installe rapidement autour de "Re-Vue", spectacle de danse-théâtre monté il y a 2 ans déjà, qui tourne entre la France et la Belgique. Selon les scènes, on adapte les pas, on mesure ses passions, celles-ci pouvant être entravées, faute de place. Alors on réinvente.

"Rien n'est figé, le jeu est diffèrent en fonction des lieux", admet Guesch Patti, elle qui a renoncé à une carrière lucrative de chanteuse à tubes pour être enfin heureuse et se consacrer à son unique amour : la danse.

"Re-Vue" est protéiforme. Il bonifie au fil du temps, des comédiens et danseurs qui entourent Guesch Patti. Loin d'être un spectacle ne s'adressant qu'aux initiés de la danse contemporaine, "Re-Vue" veut porter de l'émotion, émotion que Guesch Patti et sa troupe cherchent au fond d'eux-mêmes à partir des mots du texte originel d'Edouard Levé, auteur disparu en 2007, peu de temps après sa rencontre avec Guesch Patti.

 

Le texte de Levé s'inspire de l'écriture automatique, s'auto-analyse par associations. L'adaptation scénique se fait en 3 tableaux. Les personnages se racontent, combattent, débattent, s'affrontent et se déchirent dans un ballet où les mots sont jetés dans le mouvement. Il est beaucoup question d'identité, de sexualité, de vérité et d'illusion.

On pourrait prendre peur et penser à un spectacle ne s'adressant qu'au microcosme parisien intello, mais il n'en est rien. Guesch Patti n'a pas ce snobisme là. Elle revendique la danse comme un art populaire au bon sens du terme ou le contenu est plus important que le contenant. Si Re-Vue n'a pas forcément une facilité d'entrée évidente, comme bon nombre de spectacles rentables comme on l'exige aujourd'hui, c'est parce que c'est le désir d'émotion pure qui prime.

"Le corps est abstrait de la danse" dit-elle. Il devient presque accessoire. Il se fait l'interprète des sentiments et des contradictions humaines. La pièce est riche en interprétations, "Il y a plusieurs lectures possibles dans cette formule de travail" dit Guesch Patti. Au support visuel se greffe notamment le fond musical avec le rythme de Jóhann Jóhannsson qu'affectionne Guesch Patti. Pendant ce temps, le soleil disparaît.

Dans l'assemblée, une voix ose : "Etienne, Etienne, alors ?". Stupéfaction des regards. Guesch Patti nous a tant martelé que la danse est sa vraie maison, sa passion pour Pina Bausch qui osa des chorégraphies innovantes, sa motivation profonde pour créer des choses nouvelles, loin du mercantile show-biz. On n'aurait pas l'impudence d'évoquer ce retour en arrière…

Elégante jusqu'au bout, l'artiste ne renie pas ce tube qui l'a portée au Top 50 il y a presque 30 ans, lui attirant renommée internationale et prix d'interprétation. Son succès est un hasard de circonstances, c'est tout. C'était marrant, osé, mais Guesch Patti s'est vite lassée de cette course constante à la rentabilité : "Je n'étais pas heureuse…j'avais envie de revenir à la maison." Tout simplement.

Les parquets cirés, les corps qui transpirent et se délient, la prise de risque dans l'inventivité, la possession de l'espace, l'esprit de troupe… Le théâtre commence à frémir des arrivées pour la pièce de théâtre en cours. Il va falloir s'évaporer.

 

Re-Vue
Paris Du 09/03/2015 au 16/03/2015 à Le 9 Mars 2015 à 20h30 et le 16 Mars 2015 à 20h30 L'Atelier 1 place Charles Dullin Téléphone : 01 46 06 49 24 . Site du théâtre Réserver  

Re-Vue

de Guesch Patti

Théâtre  
Avec : Guesch Patti, Olivier Balazuc , Vincent Clavaguera, Jaime Flor.

Dramaturgie : Pier Lamandé
Assistanat chorégraphie : Darrell Davis
Lumière : Séverine Rième
Costumes :  Michel Ronvaux
Réalisation décor : Yves Empio
Régie son : Rémy Peray

Durée : 1h