Stephen BUNARD Paris
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Publié le 28 août 2014
Personnage discret et tout intériorisé, David Lescot semble flotter alors qu'il est tout entier concentré. Pour l'auteur et comédien, le goût du théâtre vient de loin, depuis le berceau, tradition familiale oblige. Il est pour ainsi dire chez lui depuis une dizaine d'années à la Mousson d'été où ses textes sont lus et appréciés du public.

L'édition 2014 de la Mousson d'été a pour thématique la peur. Et la peur, comme émotion, ça commence par une inspiration… Alors, on s'est demandé ce que ça vous inspirait, la peur ?

La peur est omniprésente au théâtre. Le théâtre est une mise à mort collective de la peur. Heiner Müller disait que ce qui réunit les acteurs et le public dans une salle, c’est la peur de mourir. Donc on essaie de conjurer la mort, de la défier avec grâce et style. On la convoque et on la combat avec nos armes, par exemple le rire mais pas seulement. Il y a toujours un moment au théâtre où l’on dompte la peur.

Les pièces à la Mousson d'été sont lues plus que jouées, tout entières au service du texte. Qu'est-ce que vous lisez, vous, en ce moment ?

Je n’avais pas encore lu « Le roman théâtral », de Boulgakov, je lis des choses sur le climat, sujet qui m’intéresse et que je souhaite aborder dans une création prochaine, je lis « La fin de l’homme rouge » de Svetlana Alexievitch.

La Mousson, c'est la rencontre entre des artistes de la scène européenne, voire internationale. Est-ce qu'il y a une façon de faire le théâtre en europe qui vous séduit particulièrement ?

J’ai écrit une pièce « L’Européenne » (Actes Sud) sur les institutions européennes, sur cette machine fascinante, utopique, effrayante qui concentre des peurs et fait peser sur nous  comme une force occulte qui semble décider de nos vies. Voilà ce que représente l’Europe pour moi. Il n’y a pas encore de théâtre européen, on se rencontre, mais ce sont avant tout des artistes qui se rencontrent. L’important, c’est de ne pas se sentir français quand on est français. Pour ma part, j’ai une histoire mais pas d’identité, je n’ai pas envie d’être un auteur français. Certes, j’ai une identité esthétique et philosophique qui me pousse vers les pays de l’Est, à ne pas décider dans quel créneau on est, mais passer de l’un à l’autre, rire et être très cruel, par exemple. Je me suis nourri des spectacles vus en Allemagne, des rencontres montées en Angleterre où le travail des acteurs est très direct, très concret, très premier degré, pour certains textes c’est un atout.

Si vous étiez un personnage de théâtre contemporain, lequel seriez-vous ?

J’aime l’écriture et les personnages de Jon Fosse qui entre dans ses premières pièces dans le fonctionnement du langage, Klaus Handl aussi, et j’ai entendu Tim Crouch dans une lecture dont les personnages me parlent de la même façon.

Où et quand pouvons-nous vous retrouver prochainement ?

A la rentrée, on peut me retrouver en mars au Théâtre de la Ville avec « Ceux qui restent », créé à Paris l’an dernier et qui a eu un prix de la Critique. Je travaille avec Eric Lacascade et Nora Krief sur des chansons révolutionnaires et je dois écrire une pièce pour la promotion sortante du Conservatoire (CNSAD) en mai prochain.

David Lescot, à La Mousson d'été