Cécile STROUK Paris
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Publié le 28 août 2014
Nathalie Fillion, nous l'avons repérée lors d'un impromptu donné un soir de la Mousson d'été sur le thème de la peur. D’habitude, elle écrit des comédies et n'est ni dans un traitement direct ni réaliste des choses. Elle prend le temps de filtrer le présent. L'exercice de l'impromptu l'a obligée à parler en direct du monde. Et elle s'est prêtée brillamment au jeu, consciente du privilège qu'est celui de prendre la parole en public.

L'édition 2014 de la Mousson d'été a pour thématique la peur. Et la peur, comme émotion, ça commence par une inspiration… Alors on s'est demandé ce que ça vous inspirait, la peur ?

La peur est une émotion primitive que tous les êtres humains connaissent. C'est ce qui permet d'organiser la survie, d'alerter des dangers. Ce n'est ni bon ni mauvais en soi. La question d'après, c'est ce qu'on en fait. Je n'écris pas sur la peur de manière consciente dans mes pièces : elle apparaît sous forme d'énergie, de nécessité et d'urgence. J'utilise davantage la tension comme moteur dramaturgique.

Les pièces à la Mousson sont lues plus que jouées, tout entières au service du texte. Qu'est-ce que vous lisez, vous, en ce moment ?

En ce moment, mon livre de chevet, c'est La fin de l'homme rouge, de Svetlana Alexievitch. L'auteure russe aborde un sujet en lien avec la pièce que je suis en train de finir (ndlr : une comédie psychédélique et historique intitulée Abba Zaba Zoom). J'aime le fait qu'elle essaie de comprendre l'impact du totalitarisme sur l'intime. Je me sens proche de la culture russe, j'ai connu l'Union Soviétique, je travaille sur l'histoire, sur les fantomes du passé (Poutine m'aide bien). Ça m'intéresse de lire ce que les femmes disent sur le monde. Je lis également Terres de sang, un ouvrage de Timothy Snyder qui renouvelle le regard sur les plus grands pogroms, et un polar qui se passe à Venise.

La Mousson d'été, c'est la rencontre entre deux artistes de la scène européenne voire internationale. Est-ce qu'il y a une façon de faire le théâtre en Europe qui vous séduit particulièrement ?

J'aime l'art belge, et notamment Jan Lauwers. La Belgique est un pays iconoclaste qui n'a pas un gros surmoi national, en perpétuel évolution où les gens ne se prennent pas au sérieux, cosmopolite, bilingue, et à la croisée des chemins européens.

Si vous étiez un personnage de théâtre contemporain, lequel seriez-vous ?

Ce qui m'intéresse dans le théâtre, c'est la multiplication des points de vue, la polyphonie. Alors m'arrêter à un personnage ne m'inspire pas. Ce n'est pas mon imaginaire.

Où et quand peut-on vous retrouver prochainement ?

Cette saison, j'ai deux spectacles qui tournent, que j'ai écrits et mis en scène : Le son des choses, au théâtre du Nord, et Sacré Printemps, une version piano à 4 mains qui se jouera au Château-Gontier (Mayenne), à l'Opéra de Bordeaux et au centre dramatique de Limoges.

Nathalie Fillion, à La Mousson d'été