Cécile STROUK Paris
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Publié le 27 août 2014
Michel Didym, c'est l'incontournable de la Mousson d'été, son fondateur volubile, présent sur tous les fronts. Directeur, auteur, metteur en scène, spectateur. Nous l'avons interviewé car il en a des choses à dire, des messages à faire passer. Un engagement qui n'a d'égal que cette puissance communicative qui est la sienne.

L'édition 2014 de la Mousson d'été a pour thématique la peur. Et la peur, comme émotion, ça commence par une inspiration… Alors, on s'est demandé ce que ça vous inspirait, la peur ?

Ce qui m'intéresse, c'est la sensation d'irrationnel attaché à la peur. La réaction qui en découle est souvent inédite, improbable, marquée du seau de la folie. La peur arrive en troisième motif de crime. On avait déjà évoqué la peur il y a 4 ans comme option dramaturgique. Et on a souhaité l'aborder de nouveau dans un contexte européen tendu, encré dans une réalité de repli. L'Europe et la démocratie n'ont plus la cote. On entend des discours sur la nécessité d'une déflagration de l'Europe, des paroles régressives des années 30 ! Ça contamine de partout. On échoue à construire une pensée politique puissante, qui incarnerait des valeurs humanistes. On confond moyens et objectifs, sur fond de perte de confiance, de remise en question éthique, de déliquescence morale. J'espère que le théâtre peut ramener de l'ordre mental et aider à repenser autrement. 

Les pièces à la Mousson sont lues plu que jouées, tout entières au service du texte. Qu'est-ce que vous lisez, vous, en ce moment ?

En ce moment, je me replonge dans les livres anciens, Les Essais, de Montaigne. J'aime son rapport à la maladie et sa façon d'envisager le monde, que je trouve encore très actuels.

La Mousson d'été, c'est la rencontre entre des artistes de la scène européenne voire internationale. Est-ce qu'il y a une façon de faire le théâtre en Europe qui vous séduit particulièrement ?

Je trouve ça naïf de vouloir trouver une représentation nationale du théâtre : ce n'est pas un pays qui génère un théâtre, c'est une inspiration individuelle ou un genre. J'aime les auteurs iconoclastes et anti-nationaux, comme Sarah Kane, qui vomissent leur pays, leur culture. Qui sont capables de résiser au formartage, de bien appréhender les pièges culturels. Qui cherchent à donner du sens, de la projection politique et éthique.

Si vous étiez un personnage de théâtre contemporain, lequel seriez-vous ?

Je serais un des chercheurs dans Le dépeupleur de Beckett. Un personnage qui aurait réussi à trouver une issue, contrairement à ce qui se passe dans la pièce. Et l'issue serait la Mousson d'été, bulle de liberté sans obligation de résultats.

Où et quand peut-on vous retrouver prochainement ?

Vous pourrez me trouver le 25 septembre à Nancy dans Codes-Barres, puis dans une tournée du savoir-vivre, d'après Pierre Desproges, et dans une reprise de Comparution immédiate - critique d'une justice expéditive. Et en mars 2015, au théâtre des Célestins à Lyon, avec Le Malade Imaginaire que je mets en scène.

Michel Didym dirige La Mousson d'été