Publié le 22 juillet 2014
Violaine Arsac a désigné cinq personnages en marge, ou tout au moins différents. Elle a tracé leur routes et a nourri leurs trajectoires de textes de plusieurs auteurs. De leurs rencontres elle a tissé la trame de notre humanité, dans une façon d'appuyer là où ça fait du bien.

La route de cette entreprise théâtrale est faite de sentiers longeant des précipices. Ces personnages sont des archétypes (et chacun a sa douleur propre). Une prostituée, Nadège Perrier, (et son enfant), un écrivain en exil, Slimane Kacioui, (et son pays), un peintre Aliocha Itovich (et son homosexualité dans/et son pays), un nomade, Olivier Bénard, (et le reste du monde) et une fille toute simple, Violaine Arsac, qui, pour les autres, semble n'avoir aucun problème.

Si ce n'est qu'elle est née sans cheveux et de par cela, elle est à la fois, quand on sait pourquoi elle est née ainsi, symbole de la culpabilité originelle et transmise - le mal ancien si ce n'est celui de la nuit des temps - et symbole de la maladie du siècle.

Par ailleurs le message porté par ses textes et ses auteurs est un message humaniste, qui va chercher les points communs pour faire comprendre les différences, expliquer que chacun doit être avant tout aimé, respecté... Les précipices qui guettent les archétypes, ce sont ceux de la caricature et ceux qui guettent les grands principes sont ceux des bons sentiments. Sur les sentiers qui mènent à la vérité, le sherpa se doit de ne pas la quitter des yeux pour arriver à son but ; qu'il regarde une fois en bas et la caravane bascule.

Il y a, au théâtre aussi, des entreprises qui tiennent et aboutissent sur la force d'un être, sur l'urgence qu'il ressent, partage et sur l'émotion que tout cela diffuse. Car derrière - ou parallèllement à - ce message humaniste, ce spectacle met sur le plateau ce que l'on serait tenté d'appeler les bonnes questions : celles qui apparaissent quand ce qui n'était qu'une certitude diffuse devient soudainement un peu plus concret.

Nous nous savons tous mortels, mais l'issue paraît si lointaine que bien souvent le véritable enjeu se dilue, est remis à plus tard... Et puis, au gré des circonstances, une aile nous effleure qui nous rend a nouveau audibles les aiguilles du temps, qui jusqu'alors tricotaient silencieusement. Alors, il y a la peur, ensuite il y a l'urgence et puis l'essentiel qui affleure : qui suis-je réellement ? Dans quelle trajectoire humaine, générationnelle, personnelle je m'inscris ? Quand je ne serai plus que restera-t-il de moi ? Que vais-je transmettre ?

Puis la résolution de la lutte, la synthèse et réponse à toutes ces questions : "A la peur, je préfère la foi!". Toutes choses qui précédaient sans doute le spectacle et qui s'y retrouvent. Une énergie vitale et première, un geste d'une générosité qui touche en se diffusant par chacun des personnages dans lequel, au détour de quelques mots simples, le spectateur peut se retrouver. De tous ces ingrédients se dégage non une vision mais une émotion. 

Alors quand au bout du chemin où nous a menés le sherpa nous est tendu un peu de ce nectar précieux et sacré qu'est l'amour de la vie, on oublie aisément si le bol est un peu terreux.

Tant qu'il y a les mains des hommes
Avignon - Festival Off 2014 Du 04/07/2014 au 27/07/2014 à 13h20 Théâtre La Luna 1 rue Séverine 84000 Avignon Téléphone : 04 90 86 96 28. Site du théâtre  

Tant qu'il y a les mains des hommes

de Divers

Théâtre
Mise en scène : Violaine Arsac
 
Avec : Violaine Arsac, Olivier Bénard, Aliocha Itovitch, Slimane Kacioui, Nadège Perrier

Chorégraphies : Olivier Bénard

Lumières : Rémi Saintot

Décors : Tanguy de Saint-Seine

Costumes : Janie Loriaut

Durée : 1h15 Photo : © Cédric Delestrade  

Textes : Tahar Ben Jelloul, Christian Bobin, Romain Gary, Nancy Huston, Amin Maalouf, Théodore Monod, Pablo Neruda, Leila Sebbar

Adaptation : Violaine Arsac