Publié le 3 juin 2014
Dans un univers cru et saturé de violence, les femmes de 'Misterioso 119' nous entraînent à travers les méandres de leur existence sordide.

Meurtre, drogue, prostitution, viol. Tels sont les crimes commis par ces cinq détenues anonymes qui dévoilent leur intimité sans concession. Jeunes et pourtant déjà condamnées par la société, elles construisent le récit de leurs existences avortées, du traumatisme de l’enfermement et de leurs passions dévastatrices. La prison devient alors le lieu de la dépossession de soi. Le corps n’est plus une affaire personnelle, il est constamment soumis à l’animosité du regard des autres.

Dans « ce monde cruel aux présences charnelles violentes et sensuelles », l’amour est une force destructrice sans précédent. Ces femmes sont dangereuses pour les autres, mais surtout pour elles-mêmes. Les sentiments sont toujours extrêmes, toujours inévitablement liés à la folie et à la mort. La beauté de l’amour et la sacralisation de l’acte sexuel n’existent plus, seul subsiste le besoin impétueux d’abolir la solitude.

 

Le choc de la cruauté

Le théâtre de Koffi Kwahulé est tendu, pesant. La pitié et les larmes sont inutiles face à l’immédiateté de la souffrance et son expression. Les faits sont exposés crument, du meurtre abominable aux abus sexuels en tous genres. Le mot et le corps – nu ou déformé - ont ce même écho choquant dans la mise en scène de Laurence Renn Penel. Quand la « femme du dehors » pénètre leur monde pour tenter d’éveiller leur conscience artistique, chacune gère à sa façon le reflux de ses démons intérieurs.

Portées par des interprètes convaincantes et habitées par la tourmente de leurs personnages, Misterioso 119 montre l’échec de la rédemption. Dans un décor géométrique imposant et très intelligemment exploité, elles luttent en vain contre la répétition et l’aliénation. La musique lancinante et angoissante du morceau de Thelonious Monk se voit contrebalancée par le Jazz des corps et des esprits, son caractère aléatoire et imprévisible. « L’âme vibre malgré l’isolement et la souffrance » et entraîne le spectateur dans sa chute, abasourdi par l’immense sentiment d’horreur qui l’envahit.

 

Misterioso 119
Paris Du 09/05/2014 au 08/06/2014 à Du mardi au samedi 20h30, le dimanche à 16h30 Théâtre de la Tempête Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris Téléphone : 01 43 28 36 36. Site du théâtre  

Misterioso 119

de Koffi Kwahulé

Théâtre
Mise en scène : Laurence Renn Penel
 
Avec : Jana Bittnerova, Maïmouna Coulibaly, Gabrielle Jeru, Douce Mirabaud, Natacha Mircovich, Karelle Prugnaud

Scénographie: Thierry Grand

Lumières: Pascal Sautelet

Musique: Frédéric Gastard

Costumes: Cidalia Da Costa

Vidéo: Olivier Roset

Son: Lucie Laricq

Collaboration artistique danse: Maïmouna Coulibaly

Assistanat scénographie: Muriel Siri

Assistanat mise en scène: Joëlle Varenne

Durée : 1h30 Photo : © LOT