Les fausses confidences
Cécile STROUK Lyon
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Publié le 25 avril 2014
La grande scène du théâtre des Célestins à Lyon accueille une adaptation récréative des "Fausses Confidences" de Marivaux, mise en scène par Luc Bondy.

S’il y a une notion qui est bousculée avec le monde digital qui est le nôtre, c’est bien l’amour. Qu’est-ce qu’aimer, quand d’un simple clic, on rencontre quelqu’un, quand d’un simple sourire, on consomme, quand d’une simple dispute, on se quitte ?

Aimer induit profondeur, compromis. Autant de choses qui, aujourd’hui, se perdent face à l’accélération du temps. Pourtant, une chose reste, c’est la conquête. Le marivaudage. C’est-à-dire le jeu, la stratégie que chacun met en place pour séduire l’autre. En ce sens, on aime comme on a toujours aimé. L’autre fait l’objet d’un désir que l’on veut assouvir par mille stratagèmes qui nous conduisent à vivre moult (més)aventures (mal)heureuses. C’est ainsi que Dorante, éperdu d’amour pour une femme mûre, va élaborer un plan pour obtenir ses faveurs.

Bien sûr, il n’est pas seul. Son valet, le zélé Dubois, cerveau de l’intrigue mais aussi avatar de Marivaux, va l'aider à arriver à ses fins. Porté par la conviction que “Quand l’amour parle, il est le maître”, il va se faire un malin plaisir à manipuler les uns et les autres, se réjouissant des accès de colère ou de joie provoquées par ses nombreuses ruses.

De l’autre côté, il y a Araminte - l’élue - aristocrate fortunée d’une soixante d’années qui recherche un intendant pour s’occuper d’affaires qui la dépassent : la gestion de ses comptes. Voilà ici le point d’accroche de nos deux héros : l’argent. Lui est ruiné et bon gestionnaire. Elle, est riche et piètre femme d’affaires. Leur statut, paradoxalement, va s’emboîter à force de jalousies, de trahisons et de confidences. Que va-t-il se jouer sous nos yeux : un amour dicté par les intérêts sociaux ? Un amour dicté par le goût du divertissement ? Ou un amour dicté par des forces qui nous échappent et nous conduisent à aimer, sincèrement ?

Huppert/Garrel : duo de charme

Interpréter Marivaux nécessite une fantaisie que Luc Bondy a su trouver dans le choix de ses comédiens. D’abord, Jean-Damien Barbin, un Arlequin à la voix résonante qui vient bousculer la vérité au travers d'une gestuelle chancelante ; Yves Jacques, un Dubois à la mèche laquée, la langue acérée et l’oeil malicieux qui manie l’émotion aussi bien que le verbe ; Manon Combes, alias Marton, la servante de Madame, nettement moins idiote qu’il n’y paraît ; Bulle Olgier, une Madame Argante à l'autorité décadente.

Et, en tête d’affiche, Louis Garrel, égal à lui-même dans ce rôle d’amoureux malgré lui : voix traînante, regard du bel indifférent, démarche nonchalante. Il a l’avantage d’un naturel qui confère à Dorante une espèce de dignité. Il force le charme. D’ailleurs, toutes y seront sensibles, de Marton à Araminte, qui lui trouvent l’air pur et innocent.

Son attitude crée un contraste intéressant avec le comportement décomplexé de Araminte, interprétée par Isabelle Huppert. Loin de l’aristocrate empesée que l’on pourrait s’imaginer, elle compose un personnage haut en couleur, qui n’a que faire des codes attachés à son statut. Si elle veut boire, elle boit. Si elle veut fumer, elle fume. Si elle veut faire du tai-chi, elle fait du tai-chi. Si elle veut aimer, elle aime.

Aussi, n’est-il pas étonnant de la voir souvent tituber, rire aux éclats, provoquer, jouer, s’affaler sur son fauteuil, occuper l’espace avec beaucoup d’aise. Araminte est partout, même quand elle n’est plus sur scène. Sur toutes les lèvres, mais aussi dans les esprits. Parce qu’elle marque par sa différence, son franc-parler et sa liberté de parole. Symbole de la femme affranchie. Qui aimera un homme de trente ans de moins, juste parce qu’il lui plaît. Juste parce qu’il a su s’accorder à son jeu avec finesse.

La fluidité de leur duo, associée à la charge tragi-comique des autres comédiens, fait écho à cette tonalité si typique des pièces de Marivaux : une légèreté profonde. Que dire, du reste, de la musique, des décors et de la grande scène des Célestins ? Si ce n’est que les créations musicales de Martin Schütz relèvent l’assaisonnement de la pièce et que ces murs amovibles blanc dans lesquels on entre, on sort et on se cache ont la délicatesse de se mouvoir silencieusement pour laisser place à l'intrigue amoureuse qui se déroule là… Et à laquelle n’importe qui, malgré notre statut d’homo numericus, pourrait s’identifier : l’amour restant, du moins dans sa phase de création, un jeu.

Lyon Du 02/04/2014 au 01/06/2014 Théâtre des Célestins 4 rue Charles Dullin 69002 Lyon Téléphone : 04 72 77 40 00. Site du théâtre

Tournée

Du 7 au 8 mai 2014 : Grand Théâtre (Luxembourg)

Du 14 au 23 mai 2014 : Théâtre National de Bretagne (Rennes)

Du 30 mai au 1er juin 2014 : Allemagne

Juin 2014 : Athens Festival

Réserver  

Les fausses confidences

de Marivaux

Théâtre
Mise en scène : Luc Bondy
 
Avec : Jean-Damien Barbin, Manon Combes, Georges Fatna, Louis Garrel, Isabelle Huppert, Yves Jacques, Sylvain Levite, Jean-Pierre Malo, Arnaud Mattlinger, Bulle Ogier, Bernard Verley

Conseiller artistique : Geoffrey Layton

Conseiller dramaturgique : Jean Jourdheuil

Décor : Johannes Schütz

Costumes : Moidele Bickel

Lumières : Dominique Bruguière

Musique : Martin Schütz

Maquillages, perruques, coiffures : Cécile Kretschmar

Assistanat à la mise en scène : Jean-Romain Vesperini

Assistanat décors : Mitsuru Sugiura

Assistanat costumes : Pascale Paume

Assistanat lumières : François Thouret

Réalisation décors : les Ateliers de construction de l’Odéon - Théâtre de l’Europe

Réalisation des costumes : Atelier Caraco

Réalisation des maquillages : Sylvie Cailler

Réalisation des coiffures : Jocelyne Milazzo

 

Durée : 2h Photo : © DR  

Production : Odéon - Théâtre de l’Europe