L'Île de Nantes fait son théâtre au Hangar !
Claire BRUNEAU Nantes
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Publié le 1er septembre 2013
Entretien avec Laurent Cailleton, directeur artistique du nouveau "Théâtre 100 Noms" de Nantes.

Bonjour Laurent Cailleton. Je vous retrouve aujourd'hui dans ce nouveau lieu de la scène culturelle nantaise, au Théâtre 100 Noms, dont vous êtes le directeur et qui ouvre ses portes les 7 et 8 septembre prochain pour son inauguration et le démarrage de la saison. Est-ce que c'est une bonne nouvelle pour vous ?

La création de ce théâtre est non seulement une bonne nouvelle, mais aussi une grosse surprise. Je n'étais pas du tout parti pour monter un deuxième théâtre à Nantes, sachant que le premier était le TNT, il y a plus de 15 ans de cela, on était 7 co-fondateurs, et je ne m'attendais pas à rencontrer quelqu'un qui allait m'offrir la possibilité de diriger un nouveau théâtre ! Donc oui, c'est une belle surprise ! … Une bonne nouvelle !

Et vous vous sentez comment là ?

Très tendu ; tendu parce que je suis à la fois excité de commencer, on prépare ça depuis le mois de novembre 2012, et en même temps pas impatient du tout car, plus on approche de l'échéance, plus on a envie d'avoir du temps pour peaufiner et perfectionner tout ce qu'on va montrer aux gens.

Y avait-il la nécessité d'un nouveau théâtre à Nantes ?

Alors je ne sais pas s'il y avait la nécessité d'un nouveau théâtre à Nantes ! Moi ça commençait à faire longtemps que j'avais l'idée d'une programmation bien précise liée au divertissement, c'est-à-dire un peu moins axée sur le culturel. À Nantes on est extrêmement bien servi de ce côté, mais pour le théâtre de divertissement, il y a encore quelque chose à faire... Je parle surtout au niveau des familles. Je pense à un théâtre où les parents ont envie d'emmener les enfants, où les grands-parents ont envie de venir avec euh... enfin où toutes les générations peuvent se retrouver et s'amuser vraiment sur scène. Montrer que le théâtre n'est pas élitiste mais qu'il est à la portée de tous, qu'il n'est pas quelque chose de réservé au bourgeois,  que toutes les classes sociales peuvent se réunir dans une salle pour apprécier le même spectacle.

Impression ou constat que la programmation des salles de Nantes ne permet pas de venir en famille ?

Ca dépend des familles. Une salle comme Le Grand T n'a rien à me prouver à moi, par exemple. Ils ont une belle programmation à laquelle j'adhère, mais je fais partie du milieu artistique et théâtral nantais! Tout ce qui est très culturel justement ou dit culturel  c'est ma tasse de thé ; je fais partie de ce monde-là. Je parle de gens... J'ai habité longtemps à Saint-Jean-de-Boiseau, proche du Pays de Retz et là-bas, tu entends souvent : « Ah non, moi j'aime pas le théâtre ! ». On me dit ça parce qu'on se fait une idée du théâtre. Les gens se disent que ce n'est pas à leur portée, alors que le théâtre, souvent, c'est du bon sens paysan.(rires) Ca peut paraître bête à dire mais c'est vrai, c'est du divertissement. J'ai encore dans la tête les images de ce qu'on voyait à la télé dans « Au théâtre ce soir », les Jacqueline Maillant, Daniel Ceccaldi qui venaient jouer et toute la famille se réunissait devant ce programme TV ; c'était suffisamment léger pour qu'on rigole et voilà quoi ! Il n'y a pas de prétention à la culture dans les mises en scène qu'on va faire ou dans les spectacles qu'on va présenter. Il y a juste une prétention au divertissement. C'est « Venez ! On va vous divertir ! ».

On peut malgré tout penser que le divertissement fait partie de la culture.

Il en fait partie ! Mais ce n'est pas là-dessus qu'on va mettre l'accent. Oui, effectivement le divertissement c'est culturel. En deuxième partie de saison, on présente « Le Bourgeois gentilhomme ». C'est un classique, c'est Molière. C'est une farce, c'est une comédie. On va le monter de telle manière que les gens s'amusent en regardant cette pièce et pas pour dire  : « C'est déclamé ou très culturel... ». Quand on va accueillir des écoles, on veut faire comprendre aux collégiens et aux lycéens que le théâtre, ça peut être très drôle, que les farces du théâtre classique, c'est vachement fun en fait et que ce n'est pas réservé à une élite bien-pensante ou culturelle.

La particularité du Théâtre 100 Noms et son objectif serait de modifier les représentations sur le théâtre et de permettre à tout le monde de venir avec l'idée que le théâtre n'est pas forcément quelque chose de sérieux et d'élitiste ?

Voilà ! Ca l'est pour nous, metteur en scène et comédiens, c'est une affaire assez sérieuse, mais on dit souvent, au théâtre c'est du travail effacé par le travail. Les spectateurs, une fois installés dans leurs fauteuils, une fois que le brigadier a frappé les 3 coups, que le rideau s'ouvre, doivent oublier complètement qu'ils sont au théâtre ; ils doivent entrer dans l'histoire, adhérer aux personnages et être comme devant un bon film. C'est la seule prétention qu'on a. On sera satisfait le jour où on aura réussi à attraper des spectateurs qui n'avaient pas l'habitude de venir au théâtre et viendront nous applaudir pour aller ensuite au Grand T, au Théâtre Universitaire voir d'autres pièces. J'aurai alors gagné mon pari :  amener un public supplémentaire au théâtre nantais.

Il y a chez vous la volonté d'ouvrir une curiosité sur le théâtre.


Exactement !

C'est humain, pédagogique, généreux !

Oui ! Ce sont des gens que j'aime, j'ai vécu avec eux et je continue et vais continuer à donner des représentations dans des villages très proches de Nantes. Ils ne viennent pas à Nantes, je le sais pour les côtoyer au quotidien, ils attendent qu'on vienne chez eux. Ici, l'objectif est l'inverse, nous leur disons : « Prenez votre voiture et venez ! »

Est-ce à dire que c'est la peur, la peur de ne pas être à la hauteur par exemple qui leur fait penser que ce monde leur est étranger et n'est pas fait pour eux ?

Oui, ils ne se sentent pas à leur place dans un théâtre . Parfois je comprends. Une fois je suis allé au Lieu Unique voir des représentations qui se passaient dans de gros caissons en bois, j'ai trouvé ça magique ! Dans chaque caisson, on rencontrait un comédien, un univers... J'y suis allé avec des gens qui n'avaient pas l'habitude d'aller au théâtre et qui n'ont juste pas compris ce que voulait faire le metteur en scène, c'est-à-dire une espèce de zapping où vous ne choisissez pas ce que vous allez voir. Ce n'était pas du tout à leur portée parce qu'ils n'étaient pas avertis et ils l'ont assez mal pris alors que j'ai trouvé le principe génial.

Est-ce qu'on pourrait définir un complexe d'un type de public par rapport à des types de spectacles ou à un type de théâtre?

Oui parce que toute une catégorie de gens se dit qu'elle n'a pas la culture pour y accéder. Or le théâtre n'est pas un problème de culture, ça n'a rien à voir avec ça. Il s'agit juste là de revoir les prétentions et dire aux gens qu'ils peuvent venir dans un très bel endroit, ce que sera le Théâtre 100 Noms. Le public pourra apprécier et le lieu et le répertoire uniquement de divertissement. Certes, on programme une tragédie, « Antigone », mais elle sera montée version Commedia dell'arte avec masques, en farce irrévérencieuse pour le mythe. Il n'y a pas de plus belle façon de faire découvrir un mythe à des élèves qui se sentent en perdition scolaire que de leur montrer un jeu qui casse les codes. Ca met tout de suite à leur portée une grande histoire chargée en émotions ; ils s'amusent, entrent directement dans la pièce. Je donne mon billet que dans 5 ans, si on leur demande l'histoire d' Antigone, ils s'en souviendront et pourront la raconter.

J'ai eu la chance tout à l'heure que vous me fassiez visiter ce nouveau théâtre qui est dans sa conception architecturale intérieure un théâtre à l'Italienne. Pourquoi ce retour à une construction des XVIe, XVIIe et surtout XVIIIe siècles quand on est en 2013 dans des projets et conceptions urbanistiques dites contemporaines ?

Il y a plusieurs aspects. Le premier, c'est le Hangar à bananes où nous sommes. Nous voulions casser le code et l'aspect très industriels dont il est marqué. On est accueilli par les anneaux de Buren, tout est métallique et béton, et quand on entre ici, pof !, on se trouve dans quelque chose d'italien avec des moulures partout, des dorures, du rococo, du velours rouge. On change d'univers dès qu'on franchit la porte du théâtre. Le deuxième aspect c'est qu'avec Jean-Marie Nex, l'investisseur qui a créé le théâtre pour nous, on a voulu faire un lieu qui nous rappelle notre enfance. Il y en a qui diront que c'est too much ! Justement, c'est ce qu'on veut ! Tout en ménageant la surprise ! Tout est fait pour qu'on ne découvre qu'au dernier moment la salle et son décor avec son plafond peint, ses marbrures, les balcons, les balustres, les corbeaux. Le côté moderne du théâtre va se passer sur scène. Le contemporain ce sont les mises en scène et l'éclairage, on n'est pas à la bougie , on n'a pas poussé le vice jusque-là! On a fait un super beau mélange entre l'ancien, le rococo et la technologie moderne pour avoir de la vidéoprojection sur scène, un éclairage LED dans la salle qui crée une atmosphère très cosy et très intime pour le public.

Recherche de la surprise, du choc, d'un retour à l'enfance, du rêve...

Et à une façon de fonctionner. Je ne voulais pas diriger mon théâtre comme on les dirige aujourd'hui, ça ne me fait pas rêver, mais être un directeur artistique comme dans les années 30 et 50 qui a une troupe, commande des pièces à des auteurs et à des artistes, fait travailler des comédiens, donne des directions de mise en scène, pas un directeur administratif.

Y a-t-il un rapport direct entre la programmation essentiellement de one-man, stand-up, spectacles musicaux, jeune public, cabaret, comédie de boulevard ou comédie tout court et le choix d'un théâtre à l'Italienne ?

On a un beau théâtre avec de belles loges pour accueillir les artistes ; on a envie qu'ils viennent jouer ici, qu'ils soient à l'aise et suffisamment impressionnés parce qu'un comédien qui n'a pas le trac, ça ne marche pas bien. Le trac, c'est un peu le moteur. Non, il n'y a pas forcément de rapport entre les spectacles que l'on va accueillir et l'ambiance du théâtre, au contraire, tout doit être une surprise. Quand on va monter des comédies de boulevard ou des comédies romantiques, il y aura là un rapport direct : ça fera écho dans le public pour ceux qui connaissent "Au théâtre ce soir " : beau théâtre, beaux décors sur scène, on rit beaucoup. Ca marchait bien à l'époque, il n'y a pas de raison que ça ne marche plus aujourd'hui ! Ce n'est pas un sous-genre. Je trouve qu'à Nantes la comédie de boulevard est un genre souvent déconsidéré, moins maintenant parce qu'on a une très bonne compagnie  qui en joue régulièrement au Théâtre Beaulieu Sémaphore. J'aime beaucoup leur travail, j'aimerais bien qu'un jour ils viennent jouer chez moi ! Il y a aussi la compagnie Nelly Daviaud qui tourne depuis quelques années avec des comédies de boulevard. On a donc ce type de théâtre à Nantes qui touche déjà un public, on espère que ces pièces-là vont aussi avoir leur public et fonctionner ! C'est le seul moment où il y aura un rapport entre l'ambiance de la salle et ce qui va se passer sur scène.

« Le Bourgeois Gentilhomme » s'inscrit alors dans cet esprit.

Oui ! On se dit que pour les profs, ce sera plus pédagogique d'entrer dans un théâtre à l'italienne pour expliquer le lieu à leurs élèves. Je regrette qu'il n'y ait plus de théâtre au Théâtre Graslin et qu'il soit devenu Angers-Nantes-Opéra. J'y vais régulièrement, en plus il y a une politique de places pas chères pour le rendre accessible à tous, ce que je trouve formidable. Mais il n'y a plus de théâtre classique à Graslin , les écoles ne peuvent plus y voir du Molière ou du Shakespeare. Le Théâtre 100 Noms peut être un bon relais pour les écoles.

Il y avait donc sinon la nécessité du moins l'utilité d'avoir un nouveau théâtre à Nantes !

Si on l'a fait comme ça, c'est parce qu'on en voyait l'utilité et le sens et surtout l'attrait. On veut un lieu super vivant artistiquement et une ambiance assez familiale ; vous avez traversé le théâtre, vous avez vu les comédiens, ils passent l'aspirateur, ils vont boire un coup devant, ils répètent à la guitare dans les loges ou devant, ça bosse partout. Les gens peuvent passer à n'importe quelle heure aux Hangars à bananes, ils verront des comédiens répéter une chanson ou manger leur salade de pâtes quelque part en répétant un texte.

Les coulisses ne restent pas derrière des portes !

Non ! La loge est là pour que le comédien se prépare ; c'est là qu'il endosse son personnage. Il va vivre une nouvelle vie, complètement différente de la sienne. Quand il répète, il est en calage ou autre, on peut venir lui parler.

Est-ce la possibilité pour les gens qui passent d'avoir un contact direct avec les comédiens au travail ?

Oui, d'ailleurs on tourne régulièrement pour accueillir les spectateurs. Quand les comédiens ne jouent pas, ils accueillent les gens dans le hall, les emmènent en salle. Ca fait 20 ans que je joue, il y a beaucoup de spectateurs qui me suivent et il y a longtemps que j'ai arrêté d'arriver sur scène par les coulisses. J'arrive comme les spectateurs entrent dans la salle. Je les accueille parce que je finis par les connaître et eux aussi me connaissent, c'est ce qui fait qu'ils reviennent. Quand je sors de scène à la fin du spectacle, je ne repasse pas par les coulisses, je descends dans la salle et je les invite à boire un verre. C'est un autre rapport. Il y a des metteurs en scène ou des gens de théâtre qui bondiraient en m'entendant, parce que pour eux, il y a un côté sacré ; mais cela dépend des pièces. Il y a des personnages qui vont prendre la place de notre personnalité, il faut un temps de préparation, on ne peut pas voir les gens tout de suite, après il faut sortir du personnage. N'oublions pas qu'on ne fait jamais que du théâtre, qu'on raconte une histoire, c'est notre métier premier. On n'a qu'une ambition, c'est ça, raconter une histoire.

On est là dans une démarche de désacralisation ?

Oui mais en même temps c'est pas si sacré que ça ; il y en a d'autres qui l'ont faite avant moi, la désacralisation ! Jean Vilar qui crée le Festival d'Avignon ou quand il prend la direction du Palais de Chaillot et lui redonne son nom de Théâtre National Populaire ! Il met en scène Richard III et on voit pour la 1ère fois « le peuple » aller voir de grandes œuvres classiques !

C'est ce lien que vous voulez perpétuer avec une tradition populaire d'un théâtre pour tous?

On ne fait pas que de la comédie de boulevard. On essaie d'avoir une programmation pour toutes les tranches d'âge. On va avoir des spectacles très visuels pour les tout petits avec peu de textes, ensuite pour les 7-14 ans des pièces plus pêchues qui sont drôles ou font peur comme « Ze Monster Show » en plein Halloween. A 19h c'est le stand-up, plus pour ceux qui ont 20 ans ou les trentenaires, après c'est le spectacle du soir où on veut rassembler toutes les générations, soit comédies de boulevard soit de grandes pièces à décor soit des artistes parisiens comme Isabeau de R., Arnaud Ducret, « Le plateau juste pour rire » avec Vérino qui est aussi une vitrine pour nous. L'après-midi, on a prévu des pièces pour les scolaires et aussi des concerts de jazz, de classique pour des gens, à la retraite par exemple, qui n'ont pas envie de rester toute la journée chez eux.

Tout à l'heure vous disiez que votre « programmation vous l'avez en tête depuis longtemps ». Vous êtes allé au festival d'Avignon cet été. Est-ce qu'Avignon n'a fait que confirmer vos choix de programmation déjà faits ou avez-vous trouvé à Avignon matière et spectacles pour votre programmation à venir?

Les deux mon capitaine ! A la fois on allait chercher des choses très précises qui correspondent à notre envie de diffuser des spectacles de divertissement et on s'est laissé des surprises.

Par exemple ?

Eh bien justement c'est une surprise ! Allez, je vous en livre quelques uns : « Nuit d'ivresse » et « Cuisine et dépendances » ou « Le vilain petit canard » pour les enfants : quand on a vu la qualité de jeu des comédiens, la qualité de leurs costumes et la qualité d'adaptation du conte d'Andersen, on s'est dit qu'il fallait le faire venir ! On a eu plein de bonnes surprises à Avignon... comme avec «  Famille je vous haime » de la compagnie nantaise Contes à Rebours. La mise en scène sur la famille est tellement belle, cinglante et drôle qu'on a décidé de la programmer. On a également un collectif d'humoristes que je tiens depuis 2 ans, La Meute, qui jouait au TNT et qui nous permet de développer des talents et d'en découvrir d'autres : Les Toupies, des jumelles vendéennes qui produisent un spectacle à mourir de rire, Elodie Poux, jeune humoriste nantaise qui mérite une salle de 200 places et plus de 50 places seulement !...

Le théâtre 100 Noms a vocation à faire venir des artistes de la région ?

Ah oui ! Nous sommes une scène nantaise, il faut qu'elle serve aussi aux Nantais ! Nos têtes d'affiche parisiennes sont là pour attirer du monde qui ne viendrait pas dans notre théâtre autrement. On veut que notre programmation qu'ils découvriront à ce moment leur donne envie de découvrir ! Nos choix sont ciblés en fonction de ce qu'aiment les gens et de ce que nous aimons; on ne programme pas ce qu'on n'aime pas ou ce qu'on n'a pas envie de défendre.

Ce n'est donc pas un principe économique qui guide vos choix.

Non. On veut d'abord diversifier l'offre au Hangar à Bananes, qu'il n'y ait pas que des bars et des restaurants. Nous sommes à côté de la HAB Galerie dédié à l'art contemporain, nous apportons du théâtre. On aurait pu avoir un cinéma à la place du Théâtre 100 Noms, l'essentiel était d'ouvrir à une diversification. Si on va plus loin sur le site, on découvre les Machines de l'Île, l'Eléphant, le Carrousel, Trempolino et les concerts à Stereolux. Il y a plein de choses sur la pointe de l'Île de Nantes !

Il n'y a pas de hasard à ce que Le Théâtre 100 Noms se situe ici ?


Il n'y a aucun hasard ! Les théâtres à Nantes souffrent de la difficulté de pouvoir se garer quand on vient en voiture et c'est devenu cher de se garer dans Nantes. Parfois ça coûte plus que la place de spectacle, c'est juste invraisemblable ! Ici, on a un parking de 400 places gratuites et qui le resteront. Et l'île est un endroit qui bouge énormément !

Qui vous entoure dans vos choix de programmation ?

Hélène Castello et Amandine Foucault. Elles ont un avis plus détaché que le mien. Ca fait longtemps que je mets beaucoup d'artistes en scène de Nantes, je les connais bien et je les aime ! Je suis amoureux de la fibre artistique et j'aurais tendance à vouloir tout programmer. Hélène et Amandine sont là comme garde-fous. Elles ont un œil plus affûté que le mien pour ce qui concerne l'économie du théâtre et la pertinence des choix. Parfois on n'est pas du tout d'accord, donc il faut argumenter et défendre son bifteck.

Comment a mûri le projet du Théâtre 100 Noms, ça vient d'où cette idée ?

Jean-Marie Nex a la concession du hangar jusqu'en 2037. Je jouais un spectacle érotico-comico-intellectuel, « Laurent Cailleton et les black girls » , sur la scène de La Suite 21 qui est un cabaret d'effeuillage; ce sont des textes qui ne parlent que du sexe et de la manière d'aborder la sexualité. Ce n'est ni vulgaire ni un brise-tabous, je ne pense pas qu'on ait encore beaucoup de tabous sur la sexualité ; en revanche on a du mal à en parler sans tomber dans quelque chose d'assez vulgaire. Je voulais réussir à écrire un texte qui parle du sexe avec humour et détachement, on a tous plus ou moins les mêmes hontes, on est tous un peu pareils. J'ai travaillé pendant 3 ans sur des textes pour ensuite monter ce spectacle à La Suite 21 et Jean-Marie, qui est associé au lieu, l'a vu et a aimé. On s'est rencontré. J'ai cru qu'on allait se fritter, on n'est pas du tout du même monde, lui c'est un investisseur, moi un artiste, lui une fourmi, moi une cigale. En fait j'ai rencontré quelqu'un qui a beaucoup de recul sur lui, de l'auto-dérision, un self-made-man. Ca change tout. Et c'est moi qui lui ai demandé pourquoi il n'ouvrait pas un théâtre au Hangar à la place du Live Factory qui avait fermé. On s'est rendu compte qu'on avait la même envie d'un beau théâtre à l'italienne, on a déliré, en fait on s'est super bien entendu ! On s'est rencontré en novembre 2012 et on est 9 mois plus tard...et le théâtre existe.

C'est fulgurant !


C'est fulgurant et ahurissant. Je crois qu'il attendait le coup de cœur pour pouvoir se lancer dans l'aventure d'un nouveau théâtre et et on l'a eu ! L'objectif est de faire nos preuves. Plus on va avancer, plus on aura la programmation de nos rêves. Il faut que le lieu se fasse connaître.

Le théâtre a son site (www.theatre100noms.com), il est sur Twitter et a aussi sa page Facebook. Un lien de proximité existe entre le Théâtre et les internautes. Pourquoi les avoir mis à contribution pour donner un nom à ce théâtre ?

Dans un premier temps, les gens ont proposé des noms ; il y en a eu 200. Dans un deuxième temps on a sélectionné cinq noms qu'on a soumis à leur vote avec une année de théâtre à gagner pour le nom sortant.

Et vous aimez ?

Alors je vais être sincère, je n'aimais aucun nom ! On a proposé ce jeu parce qu'on n'était pas d'accord dans l'équipe. Ma priorité n'était pas d'avoir un beau nom, mais de savoir ce qu'on allait mettre dans la coquille, d'avoir du contenu et une façon de faire. C'est un nom qu'on va apprendre à aimer. Ce que j'aime bien dans le Théâtre 100 Noms, c'est le nombre 100 qui laisse entendre qu'il n'a pas qu'un nom mais cent ; nous le verrons dans le hall d'accueil, les cent noms seront physiquement présents dans une réalisation artistique.

Si vous deviez présenter l'esprit du lieu et de l'équipe en quelques mots ?

Ce sera un lieu convivial, familial, dans lequel il fera bon venir parce qu'on s'y sentira bien. Je suis très accro à la qualité du jeu. Je veux des vrais comédiens sur scène. Je veux que ça sente l'artiste sur scène.

Vous êtes comédien et metteur en scène. Vous devenez directeur artistique du Théâtre 100 Noms. Qu'est-ce qui vous anime actuellement ? Est-ce que vous allez limiter votre activité de comédien et ou de metteur en scène ?

Je vais forcément beaucoup moins jouer qu'avant. Je joue dans huit spectacles, je m'auto-programme de temps en temps parce que je vais mourir si je ne joue jamais. En tant que metteur en scène, ça explose. On a créé La Troupe 100 Noms dans le Théâtre 100 Noms ; ce sont 10 artistes à la fois comédiens, musiciens, chanteurs que je mets en scène sur 6 projets, avec les 2 techniciens, on est 13 à table ! Donc six créations en moins de 12 mois ! C'est énorme mais c'est pas l'usine quand on vient travailler ; on ne vient pas à reculons. Je suis toujours super content quand je viens au boulot ! Je suis amoureux de mes comédiens, je les admire. C'est un plaisir de les diriger sur scène ! S'ils arrivent à me faire rire, ils feront rire le public. Il faut qu'eux aussi s'amusent sur scène ; des fois, c'est au prix de gros coups de fatigue. On est dans des métiers de passion.

Et dans des conditions de travail que vous vous êtes créées pour être bien ?

C'est ça ! On est humain.  On est une troupe et pas une compagnie, pour moi la différence est énorme. Je vois la compagnie comme des individus qui travaillent les uns à côté des autres et qui attendent le cachet à la fin du mois. Dans la troupe, il y a un peu de patronage ; tout le monde travaille un peu comme il veut quand il veut, sauf au moment où ils sont avec moi, là c'est très déterminé. On est une famille.

Une troupe comme communauté de vie et communauté de travail ?

Oui. On est solidaire les uns des autres et complètement libres, libres d'aller voir ailleurs... Dans les compagnies, il y a plus le rapport patron/employés, c'est un peu moins humain, en tout cas dans les compagnies dans lesquelles j'ai travaillé. Là, on travaille sérieusement sans se prendre soi au sérieux

On peut rappeler quelques dates et info importantes.

Les premières dates, 7 et 8 septembre pour l'inauguration à partir de 10h jusqu'à 19h avec plein de surprises, des extraits, des impromptus, des saynètes et le soir, le grand spectacle avec un zapping de ce qui va avoir lieu dans l'année et la présence d'Isabeau de R, élégante et distinguée, la note que nous voulions donnée, elle sera notre mascotte de la soirée. Le 10 septembre, c'est la première Meute, le fameux collectif d'humoristes qui se produira tous les mardis soirs à 21h pour un spectacle à chaque fois différent avec un orchestre sur scène. Aucune bande-son n'est envoyée de la régie. Ensuite je mettrai l'accent sur « Folle Amanda » de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy pour faire découvrir cette comédie romantique qui ne plaira pas qu'aux filles ! et la comédienne Emmanuelle Burini qui a un tempérament de feu sicilien explosif ! C'est notre Jacqueline Maillant à nous ! Et pour tous ceux qui aiment le stand-up, ça commence le 11 septembre à 19h du mercredi au vendredi. Notre premier stand-up sera plus didactique, il s'intitule « Stan-Up Origines » et raconte la naissance du genre aux Etats-Unis en le replaçant dans son contexte économique et artistique de l'époque.


 

 

 

 

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