La Virevolte
Michel VOITURIER Bruxelles
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Publié le 22 février 2013
Lin est danseuse. Lorsqu’elle devient mère, il lui faut opter entre l’amour des siens et sa passion pour la danse. Elle choisit de partir vers une carrière internationale. L’histoire se penche sur le ressenti du mari, des deux gamines et d’une amie d’enfance.

Sur scène, une cage de verre et des caisses. La cage indiquera la frontière qui sépare la réalité quotidienne familiale et la création artistique, d’une part le cocon de l’amour du couple au-delà duquel existe le monde et  d’autre part le milieu fermé de la danse. C’est entre ces deux enfermements que Lin va être tiraillée. Les caisses seront les meubles du foyer, les boîtes contenant les souvenirs, les endroits où l’histoire emmène ses personnages.

Mêler langages corporel et oral, chorégraphie et paroles constitue l’ossature de la représentation. La mise en espace des comédiens, leur gestuelle, leurs attitudes forment un ensemble donnant une présence à des personnages qui se refusent à l’émotion brute. Ils donnent de cette chronique, racontée par des acteurs qui ont trouvé le ton juste pour l’exprimer, une vision distanciée, presque objective, même si les sentiments exprimés sont forts.

Cet apparent écart est une option de mise en scène. Il est accentué ou induit par l’adaptation même du roman de Huston. En effet, en dehors des dialogues, la part laissée au narratif est importante, constituant forcément moins théâtral puisque ce qui est rapporté n’est pas joué mais raconté. D’où cette impression d’assister à une analyse quasi neutre du fonctionnement d’une cellule familiale perturbée par un élément venu troubler l’harmonie illusoire du traditionnel triangle : mère, père, enfants.

Des destins croisés

Chacun cherche à exister. Le père en endossant la fonction de la maman ; celle-ci en passant de sa passion amoureuse à celle de la danse et, par voie de conséquence, à son aspiration à une reconnaissance internationale. Cette femme évolue de la déformation de son corps par les maternités à l’emprise sur celui-ci à travers son art. Quant aux deux fillettes, chacune suit un chemin divergent. Les retrouvailles périodiques avec leur génitrice constituent alors des repères de vie et des souvenirs à collectionner, à côtés des souffrances d’une enfance malmenée.

Une phrase d’Isadora Duncan, danseuse célèbre des années 1920 morte tragiquement,  éclaire le sens à donner à l’histoire telle qu’elle est représentée. Elle est inscrite en blanc sur la cage de verre, en guise de tomber de rideau : « Rien ne naît ni ne meurt jamais. Tout est. » car ce qui compte, c’est d’exister.

C’est le cas de cette réalisation qui donne à voir et à entendre, qui suscite des images fortes comme celle d’une tension croissante dans un échange mère-fille scandée par les rythmes de percussion du papa. Ou celle de la cage emballée par les fils des micros. Ou celle des poupées jetées dans des caisses quand le jeune âge est passé et la famille déchirée. Celle, enfin, de l'entassement des caisses à l'intérieur de la cage derrière lesquelles des personnages sont coincés.

Ath - Belgique Du 19/02/2013 au 20/02/2013 à 20h Le Palace Grand-Place Téléphone : 00 32 (0)68 269 999. Site du théâtre Réserver   Bruxelles (Saint-Gilles) - Belgique Du 26/02/2013 au 02/03/2013 à 20h Centre Culturel Jacques Franck Chaussée de Waterloo, 94 Téléphone : +32 (0) 2 538 90 20. Site du théâtre Réserver   Bruxelles - Belgique Du 05/03/2013 au 16/03/2013 à 20h30 Atelier 210 Chaussée Saint Pierre, 210, 1040 Bruxelles/Etterbeek Téléphone : +32(0)2 7322598. Site du théâtre Réserver   Huy - Belgique Le 19/03/2013 à 20h30 Centre culturel de l'Arrondissement de Huy Avenue Delchambre 7A Téléphone : 085 21 12 06. Site du théâtre Réserver  

La Virevolte

de Nancy Huston

Théâtre
Mise en scène : Isabelle Jonniaux 
 
Avec : Sarah Brahy, Serge Demoulin, Johanne Saunier, Charlotte Villalonga 

Adaptation : Isabelle Jonniaux
Assistanat mise en scène : Marie-Bénédicte Baudin
Chorégraphie : Johanne Saunier
Scénographie, costumes : Renata Gorka
Création lumières : Florence Richard
Création sonore : Thomas Thurine

Durée : 1h Photo : © Beata Szparagowska.  

Production : Compagnie de la Lune
Coproduction : Atelier 210, Centre culturel Jacques Franck
Soutien : Maison de la culture (Ath), Centre culturel (Huy)
Aide : Fédération Wallonie-Bruxelles - Services du Théâtre et de la Danse

Lire : Nancy Huston, La Virevolte, Arles/Montréal, Actes Sud/Leméac, 1994, 253 p