Publié le 25 juillet 2012
Laurent Malot est allé chercher dans l’œuvre de Nougaro un écho à sa propre quête existentialiste. Un spectacle sur le fil tendu de la vie, à l'aplomb de celui du maçon.

Le spectacle s’ouvre sur une interrogation : « À quoi rêve le poète ? », et se finit sur la réponse apporté par Nougaro lui-même dans  « L’île Hélène » : « Il rêve à une île dont le littoral a le pur profil de l’amour total ». Avant d’en arriver à cette épure, à cet essentiel vital, on va traverser les interrogations conjuguées de l’auteur (Jonathan Kerr), de l’interprète (Laurent Malot) et de l’inspirateur, Claude Nougaro lui-même.

Ces  thèmes récurrents de l’œuvre de Nougaro  sont ici abordés sous un angle particulièrement aigu, celui d'après ses quarante ans, après la mort d’Audiberti, quand Nougaro va larguer les amarres d’une chanson classique qui faisait son succès et trembler Aznavour pour reprendre et porter haut le flambeau des poètes. Plus de filtre aux paroles pour usiner les succès, abordons crûment les terrains de l’alcool, du sexe, de la poésie et ne refusons aucun de ses excès, aucun de ses dangers.

C’est avec ce Nougaro là, fécondé dans l’album « Petit taureau » (1967) et véritablement né libre sur les pistons de sa « Locomotive d’or » (1973) que s’engage le dialogue. Avant il était - un peu - retenu, après il était – relativement - assagi. La quarantaine déclenche de ces urgences humaines ou artistiques… Voilà sur quelles sphères et à quel Nougaro s’adressent ces "funambulations" poétiques. Elles s’animent à partir d’une image, une photographie prise à Nice où Claude mime un funambule un parapluie ouvert à la main.

 

Pour ce qui est du répertoire, cela déborde largement les années 70. Cette plongée s’ouvre avec « La danse » et Laurent Malot, gracieux tout le spectacle, embrasse tout le spectre des évocations,  des gestes des petits rats aux pas de Fred Astaire. Déjà on sent que la voix sera là, puissante, fermement tenue, fidèle sans être esclave, elle évoluera sur une route pavée de nuages, traversée de cascades puis pourra tout aussi bien, légère, sauter  sur les nénuphars que feront surgir sous ses pas les doigts inspirés de Christophe Ferry.

La rigueur due à l’art qui libère, la mort du père, la supériorité des prières désespérées, la naissance et la vie, le temps qui passe, voilà les préoccupations existentielles qui taraudent et écartèlent Claude - et sans doute Laurent Malot aujourd’hui - dans ces années 70. Et le sexe cette  « chose qui me rend parfois tellement con ». Voilà, c’est dit et dès après « La mutation », au cœur du spectacle, c’est prestement illustré avec une proposition pour tuer le temps jusqu’à ce que le temps nous tue, le 21 Décembre 2012. Cette perspective de fin du monde est l’occasion de chanter « Il y avait une ville ». Une prise d’accent, une bordée de mépris puis « Clodi clodo» viendra conclure ce passage que contrairement à Gainsbourg, Claude Nougaro s’est toujours épargné, médiatiquement au moins.

Les versions proposées elles, aussi bien au piano qu’à la voix nous entraînent toujours sur des terres hospitalières, différentes mais voisines des terres familières, d’une grande richesse harmonique : c’est  « Le Paradis ». Là on sent de l’amour ; pour « Les mots », qui nous vaut encore une vision esthétiquement très aboutie (le chanteur interceptant de son parapluie des mots projetés sur le mur de fond) pour la voix, pour l’homme, « L’ile Hélène » et pour les hommes.  Viendra le temps de l’épilogue avec le détournement dans une adresse à Claude de la chanson « Marcia, martienne » : « Tu m’envahis quand tu t’en vas ». À moins que ce ne soit pour terminer sur deux chansons qui montrent que les excès du poète n’ont pas empêché l’homme d’aimer. Mais sont-ils seulement dissemblables ?

Mutation. Funambulation poétique dans les pas de Claude Nougaro
Avignon - Festival Off 2012 Du 07/07/2012 au 28/07/2012 à 21h 30 Petit Louvre (salle Van Gogh) 23 rue Saint Agricol Téléphone : +33 (0)432 76 02 79. Site du théâtre

Relâche les 19 et 20 Juillet

Réservation : 04 32 76 02 79

 

Mutation. Funambulation poétique dans les pas de Claude Nougaro

de Jonathan Kerr

Spectacle musical
Mise en scène : Jonathan Kerr
 
Avec : Laurent Malot

Pianiste : Christophe Ferry

Régie lumières : Joël Legagneur

Régie son : Olivier Courant

Costumes et accessoires : Agathe Laemmel

Durée : 1h 15 Photo : © DR