Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 23 juillet 2012
Sophie Calle aime la provocation. Elle aime par-dessus tout bousculer les idées reçues, les stéréotypes compassés. Son expo consacrée à la mort de sa mère est un pied-de-nez au tabou de la mort et un hommage filial émouvant.

Investir une église avec des pièces consacrées à la mort et spécialement à la mort d’une mère est une idée qui peut paraître saugrenue ou irrespectueuse. En réalité, elle est ici pleine de tendresse, dépourvue de tout voyeurisme autant que de complaisance.

L’installation réalisée par Sophie Calle propose la poursuite de sa recherche sur la trace et sur l’absence. Elle comprend d’abord des fragments des journaux intimes donnés à sa fille par Rachel-Monique, dont des extraits sont d’ailleurs lus par l’artiste à certains moments de la journée. Rien d’inopiné puisque son œuvre a toujours eu tendance à se confondre avec son autobiographie.

L’ensemble semblera sans doute hétéroclite. Il montre des créations élaborées aux côtés de choses brutes. Il possède sa cohérence interne car il procède à la fois d’une grande tendresse, d’un sens aigu de l’humour surtout s’il est noir, d’un apprivoisement sain de la peur qu’engendre en général la perception de la mort. Il accumule des objets, des textes, des citations, des photos souvenirs, des maquettes, des images symboles, des vidéos concernant celle qui a fait graver sur sa tombe « Je m’ennuie déjà ».

Tout s’articule autour du dernier mot prononcé par la défunte lors de sa dernière phrase: « Ne vous faites pas de souci », décliné en matériaux et supports variés. Viennent ensuite des éléments qui prennent un sens ironique, un sorte de conjuration de la mort tels ces ex-votos agencés au sol qui déclinent nombre de diagnostics médicaux qui auraient pu accabler n’importe quel hypocondriaque.

Ou encore cette tête de girafe naturalisée, achetée par l’artiste parce qu’elle a le regard distant de sa génitrice. Voire cette ardoise qui indique que la personne absente reviendra demain ou la reproduction de ce cercueil qui accueille tout ce que la disparue a emporté avec elle, esquissant de la sorte un portrait indirect à travers la sélection faite.

D’autres qui ont valeur quasi documentaire. Ainsi ce film sur le Grand Nord, contrée que la maman aurait voulu visiter et dans les glaces de laquelle Calle a enfoui des bijoux. Ainsi le baxter qui accompagna son agonie. Ainsi cette séquence qui raconte, pudiquement, sans vraiment la montrer, les derniers instants.

Chaque visiteur déambule à travers l’église devenue sarcophage monumental. Aucun vrai malaise car tout respire la tendresse. Les pointes d’humour accentuent, accélère sans doute la possibilité de faire son propre deuil en pensant à des trépas de proches. L’art devient chez Sophie Calle une méditation sans morbidité, une aide en vie d'atténuer les chagrins des enterrements.

Mettre en scène la mort de la mère
à propos...

Église des Célestins, Avignon. 11h-18 h, jusqu'au 28 juillet 2012. ( www.festival-avignon.com/ )

  Photo : © Christophe Raynaud de Lage

Lire : Sophie Calle, Rachel, Monique, Paris, Xavier Barral, 2012, 200p