Les Cabots magnifiques
Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 2 mai 2012
Retraite ou rebut ? La condition des personnes âgées dans leurs (sweet?) homes peut présenter tous les degrés de bien-être. Qu'en est-il quand il s'agit de "vieux comédiens" ?

Quatre artistes à la retraite sont pensionnaires d'une maison de repos : trois hommes, acteurs plus ou moins connus et une femme, qui n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut jadis : une comédienne courtisée. Odile est la nouvelle animatrice; dynamique, elle se targue d'un bagage de formation théâtrale branchée. Elle tentera de réconcilier les uns tout en étant soucieuse de la santé de l'autre, plongée dans un mutisme pathologique, dans ses souvenirs et ses rêves peut-être...

Une jeune souffleuse/Mélanie Lamon - dans son "trou du souffleur" rappel de certains métiers de la scène disparus - se révélera à la fin, non plus une sorte de femme-tronc, mais un personnage plus réel : une infirmière (ne pourrait-on pas se dire que les deux fonctions servent de soutien à l'acteur ou à l'homme défaillant ?). Elle ne se privera pas de temps en temps, de tourner le dos à la scène et de nous gratifier d'un :"'Il n'est pas méchant, rassurez-vous", de la même façon que les comédiens-interprétant-des-comédiens sortiront de leurs rôles...

Curieusement d'ailleurs, au lever du rideau, cet établissement hospitalier ressemble davantage à un décor de théâtre. Il se transformera à mesure que nous évoluerons à la fois dans l'imaginaire des acteurs et dans leur réalité, avec des moments de décalage. Nous ne verrons pas d'autres retraités : le milieu artistique ne reste-t-il pas fermé sur lui-même ?
 
L'auteur, Thierry Debroux (également acteur et metteur en scène), a voulu rendre hommage à ceux qui participèrent à la vie du théâtre en Belgique, et particulièrement à la vie de ce théâtre (monument classé) dont il est devenu directeur cette saison. Il s'agit donc d'abord de l'ex-directeur et comédien Yves Larec et de Jean-Claude Frison, qui en fit également les beaux soirs, auxquels se sont joints Michel de Warzée (directeur de la Comédie Volter) et de Françoise Oriane (Meilleure Comédienne en 2006). Soit un quatuor de belle tenue, qui n'a pas dit son dernier mot sur scène pour d'autres et nouveaux spectacles, mais qui, sous la baguette légère de Georges Lini, joue à être un quatuor désaccordé et mis au rancart.

"Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire..."(Baudelaire)

Cabots, eux ? Si peu. Pour cette pièce, ces grands interprètes belges jouent à l'être bien davantage qu'ils ne le furent jamais sur cette même scène qui les vit incarner tant de personnages ! Sans se prendre au sérieux, ils s'amusent beaucoup à jouer des caricatures de comédiens. Il y a le Traditionnel, amateur de postures grandiloquentes et l'Avant-Gardiste qui n'hésita pas jadis"à faire caca sur scène". Ces deux-là ne peuvent qu'être ennemis pour rire et s'asticoter constamment au sujet de vétilles. Le troisième, le Beau Jeune Premier, un peu moins âgé, eut davantage de succès dans sa carrière, mais est maintenant diminué par un handicap qui le rend dépendant et ruine son image d'ex-acteur adulé. Le quatrième est une comédienne bien connue de tous trois.

Dans les intentions de l'auteur devaient être abordés les problèmes d'une vieillesse à partager en communauté, du temps qui passe, de la mémoire, de son importance et de sa perte. Ces thèmes graves sont enrobés dans la drôlerie de scènes taillées sur mesure, dans de petits délires frôlant le surréalisme et jouant des mises en abyme.

On reste sur les impressions mitigées de la deuxième partie. Si elle fait encore rire, elle présente tout de même des longueurs dans les scènes d'échauffements menées par Odile (pourtant la toujours excellemment drôle Marie-Paule Kumps) et qui s'étirent un peu vers une fin abrupte quoique quelque peu prévisible.

Bruxelles - Belgique Du 19/04/2012 au 19/05/2012 à 20 h 15 (sauf sa 19/05 15 h) - di 15 h Théâtre royal du Parc 3 rue de la Loi, Bruxelles Téléphone : +32(0)2.505.30.30. Site du théâtre Réserver  

Les Cabots magnifiques

de Thierry Debroux

Comédie Théâtre
Mise en scène : Georges Lini
 
Avec : Michel de Warzée, Jean-Claude Frison, Marie-Paule Kumps, Mélanie Lamon, Yves Larec, Françoise Oriane

Assitanat mise en scène : Nargis Benamor

Scénographie, costumes : Renata Gorka, Thomas Delord

Stagiaire : André Daccak

Habilleuse : Valérie Vanderper

Accessoiriste : Zouheir Farroukh

Construction décor : Yahia Azzaydi, Shaban Rexhep

Peinture : Jean Serneels

Lumière : Alain Collet

Direction technique : Serge Daems

Régie : Gérard Verhulpen, David Lempereur, Nicolas Loncke, Hamilton Vicentini

 

Durée : 2 h 15 (entracte compris) Photo : © Isabelle de Beir  

Création-production : Théâtre Royal du Parc (Bruxelles)

Aide : Centre des Arts Scéniques

Soutien : Échevinat de la Culture de la Ville de Bruxelles, Fédération Wallonie-Bruxelles

Pour les curieux de petite histoire, signalons ce clin d'oeil amusant de l'auteur : les noms choisis pour les personnages utilisent à la fois le vrai prénom des interprètes et le nom d'artisans de la scène plus anciens (Jean-Claude Frison = Jean-Claude Rivière , allusion à  Madeleine Rivière (Meilleure Comédienne 1960) magnifique tragédienne dans les années d'après-guerre, ou bien Michel de Warzée = Michel Panier =  pour Jacques Panier, technicien de grande valeur à la débrouillardise légendaire...)

Lire : Thierry Debroux, Les cabots magnifiques, Carnières, Lansman, 2012