Le Nom de la Rose
Thibaut RADOMME Bruxelles
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Publié le 27 juillet 2011
La transposition du best-seller d'Umberto Eco sur la scène de Villers-la-Ville paraît si évidente que l'on croirait que le sémillant sémiologue a écrit son roman dans les ruines brabançonnes.

L'on ne saurait en tout cas trop s'étonner de ce que ce soit la lecture du « Nom de la Rose » qui, dans le courant des années 80, ait fait germer dans l'esprit de Patrick de Longrée (auteur de l'adaptation et co-producteur des spectacles d'été depuis 25 ans déjà) l'idée de produire un spectacle dans ce lieu magique. Quelle patience et quelle ténacité pour un défi de taille : ramener les 500 pages du roman à deux heures trente de scène ! Il a été brillamment relevé.

Le roman d'Umberto Eco est un best-seller absolu : plus de 30 millions d'exemplaires vendus à ce jour ! Il faut dire que l'intrigue est à la fois complexe et simplissime, brillante en tout cas : une série de meurtres inquiétants sont perpétrés dans cette abbaye bénédictine où notre héros, Guillaume de Baskerville, ex-inquisiteur, vient de faire halte en compagnie de son novice Adso. Le père abbé charge alors Guillaume de démasquer le tueur.

Sur fond de controverses théologiques à propos de la pauvreté du Christ et de lutte violente contre les hérésies, dans un XIVè siècle troublé, pieux et savant, Guillaume de Baskerville se met sur les traces de l'assassin et s'enfonce dans un monde aussi fascinant qu'inquiétant, lourd de secrets, d'interdits et de superstitions. Lorsqu'éclatera enfin la vérité, il ne pourra cependant pas empêcher une catastrophe terrible qui, expliquant la cause de la disparition d'un texte perdu d'Aristote, brouille – et c'est là le génie d'Eco – la frontière entre fiction et réalité. N'en disons pas plus, histoire de conserver intacte l'intrigue haletante de ce thriller médiéval.

Stephen Shank offre une mise en scène très propre à cette "Rose", sobre et efficace, en ayant l'intelligence de laisser le premier rôle à l'Abbaye, écrin remarquable habité d'une âme puissante. Les lieux sont superbes, et superbement mis en valeur par les éclairages de Christian Stenuit et la scénographie de Patrick de Longrée (encore lui !). La distribution est très correcte, portée par un Pascal Racan en très grande forme (mention spéciale également à Laurent Bonnet, excellent en inquisiteur cruel et vicieux), et fait véritablement honneur à la splendeur des lieux.

Valeureuse en plus d'être pleine de talent, la troupe ne recule ni devant la pluie, ni devant le vent pour offrir deux heures de magie au spectateur, zélé lui aussi (mais qu'elle a de charme cette appréhension vaine des visages qui, tournés vers le ciel, observent avec angoisse un angoissant nuage !). Un seul bémol, inévitable pour un spectacle de plein air : les efforts – louables – de certains pour se faire entendre jusqu'au dernier rang se traduisent parfois par un regrettable braillement. N'a pas le coffre d'un Racan qui veut !

Ces menus griefs sont oubliés tout net lorsqu'arrive le dernier acte et son final époustouflant, bâti autour d'effets lumineux et pyrotechniques à couper le souffle ! Une très belle réussite donc que cette adaptation scénique du « Nom de la Rose », aussi réussie qu'elle pouvait sembler périlleuse a priori. Bravo, joyeux anniversaire aux spectacles d'été de Villers-la-Ville, et longue vie : l'on ne peut que souhaiter vingt-cinq autres années de création théâtrale à l'Abbaye, aussi belles que les vingt-cinq premières !

Villers-la-Ville - Belgique Du 13/07/2011 au 20/08/2011 à 21:00 Abbaye de Villers-la-Ville Rue de l'Abbaye, 55 1495 Villers-la-Ville Téléphone : +32 (0)70.224.304 . Site du théâtre Réserver  

Le Nom de la Rose

de Umberto Eco

Théâtre
Mise en scène : Stephen Shank
 
Avec : Pascal Racan (Guillaume de Baskerville), Jérémie Petrus (Adso de Melk), Daniel Nicodème (Messer l’Abbé), Laurant Bonnet (Bernardo Gui), Yves Claessens (Jorge de Burgos), Peter Ninane (Venantius de Salvemec), Didier Colfs (Malachie de Hildesheim), Thierry Janssen (Bérenger d'Arundel), Olivier Francart (Bence d'Upsala), Denis Carpentier (Séverin de Sant'Emmerano), Gérald Wauthia (Rémigio de Varragine), Marc de Roy (Salvatore), Jean-Louis leclercq (Ubertin de Casale), Cédric Cerbara (Michel de Césène), Benoît Pauwels (Jérôme de Caffa), Jean-François Rossion (Bertrand du Pogetto), Yann Leriche (Jean d'Anneaux), Kevin Ecobecq (Jean de Baune), Valentine Jongen (La fille du village)

Mise en scène : Stephen Shank

Costumes : Thierry Bosquet,  Corinne de Laveleye

Adaptation théâtrale et scénographie : Patrick de Longrée

Éclairages : Christian Stenuit

Maquillages : Jean-Pierre Finotto

 

Durée : 2h30 Photo : © DR

Lire : Umberto Eco, "Le Nom de la rose", Paris, Livre de Poche, 1982