Publié le 26 juillet 2011
Cette adaptation par Elodie Menant du roman de Stefan Zweig s'applique à décortiquer avec une relative froideur les mécanismes inéluctables qui mènent au drame. A la fois chirurgical, onirique et fascinant.

Au cours d'un bal donné chez les Keskefalva, un jeune lieutenant fait une bourde qui fige quelques instants la salle entière : il invite à danser la fille de la maison, paralytique. Cette première méprise va conditionner leur relation, née sous le signe des apparences trompeuses et de la culpabilité.

Les décors sont minimalistes, plutôt symboliques mais suffisants pour signifier les différents espaces intérieurs à la demeure et ceux qui lui sont extérieurs, selon les nécessités des différents actes. Les déplacements des comédiens sont d'ailleurs assez rectilignes, pour renforcer cette perception des espaces.

Cette rectitude dans les déplacements des personnages, le fait que les éléments du décor soient sur roulettes et déplacés entre chaque tableau, les choix d'éclairages qui laissent le plateau dans un clair-obscur bleu nuit, la retenue dont la bienséance et le savoir-vivre parent leur propos, tout cela donne au spectateur l'impression de regarder, dans une maison de poupées ou une boîte à musique, des miniatures mécaniquement animées dans le halo d'un songe.

Mécanique d'un drame

Quels sont les rouages qui les font se mouvoir irrépressiblement vers le drame que nous annonce, comme un leitmotiv inquiétant et hypnotique, la musique viennoise qui s'intercale entre chaque scène, marquant chaque fois d'un nouveau clou dans le cercueil d'on ne sait encore qui, la progression vers l'issue fatale ?

Le devoir semble commun à tous, le besoin de faire ce qui doit être fait. Chacun se débattant impuissant face à l'obligation que lui fixent les circonstances. Tout faire pour que sa fille soit guérie et heureuse pour le père, soigner et entretenir l'espoir de guérison pour le docteur. La culpabilité, la peur du qu'en dira-t-on, chez le Lieutenant Hofmiller, et cette pitié, dont on finit par se dire qu'elle est davantage encore de la lâcheté.

D'ailleurs il concède au père une promesse : si elle guérit il épousera sa fille. Dès lors tout bascule, des décisions se prennent (les fiançailles) que l'officier n'assume pas. Il cède à la panique. Edith, l'héroïne (Elodie Menant, merveilleuse dans toutes les facettes du rôle) apprenant que pressé par ses compagnons d'armes il a nié être fiancé, s'est battu et fait muté, cède au désespoir et le drame se noue.

Les acteurs, David Salles (le Docteur), Gilles Janeyrand (le père) et Salima Glamine (Ilona, la cousine) complètent la distribution. Ils ont tous une belle présence et servent scrupuleusement l'intention de la mise en scène. Et le but est atteint, pris par cette ambiance à couper au couteau, les spectateurs sont baignés du début à la fin dans un épais silence et une attention constante. Un spectacle intense et convaincant.

La pitié dangereuse
Avignon Du 08/07/2011 au 31/07/2011 à 13h55 Théâtre de l’Oulle 19, place Crillon. 84000 Avignon. Téléphone : 04 90 86 14 70. Site du théâtre

Tarif : 18€

Tarif carte off : 12,5€

Tarif enfant : 7€

 

La pitié dangereuse

de Stefan Zweig

Drame Théâtre
Mise en scène : Stéphane Olivié Bisson
 
Avec : Arnaud Denissel, David Salles, Gilles Janeyrand, Salima Glamine, Elodie Menant

Adaptatrice : Elodie Menant

Costumes : Charlotte Winter et Cécile Choumiloff

Décors : Linda Pérez

Lumières : Christian Pinaud

Durée : 1h20 Photo : © DR