Publié le 24 juillet 2011
En deux heures d'un spectacle alternant les envoûtements et les improvisations plus légères, Richard Bohringer partage. Des moments de vie, des souvenirs, des histoires d'amitiés, son sens de l'amour, de l'humour et... son angoisse de 2012.

Il surgit en même temps que sa voix, écartant les rideaux et frappant les tympans sur un même pas ! Il est là pour dire un peu le livre qu'il ne veut pas écrire. Un genre de biographie auquel il rendrait l'épaisseur de la voix, la chaleur de la présence, l'imprévisibilité de l'instant et la liberté de l'ellipse. Car entre les textes extraits de ses livres, le boxeur recommence à danser autour du ring, parle un peu de lui, digresse, distribue les jabs et les swings de son humour à quelques fâcheux de ce monde.

Cette performance n'est pas un stand-up pour autant. Il y a trop de lyrisme et de poésie dans ses textes et la façon dont il les anime. Ce n'est pas non plus un one-man-show car la scène est peuplée ; des êtres apparaissent, continuent à exister le temps d'une histoire, de la description d'un trait de caractère, d'une aventure, et font plus que passer : Philippe Léotard, Jean Carmet, Jean-Pierre Sentier...

"Je suis pas un gars de la syntaxe, je suis de la syncope."

Effectivement il décale, manie le rejet et l'arythmie, bouscule les mots et avec eux les gens par sa métrique et ses brusques changements. Les spectateurs sont accrochés à sa voix et soudain l'urgence du texte s'empare de lui, il a alors un débit effréné, Formule 1 du verbe dans les rues de sa prose, où les mots comme les virages s'enchaînent à toute vitesse : droite gauche, droite gauche, ça continue, encore, encore et soudain : stop ! Il freine et se plante là.

Pour encaisser le choc de cet arrêt, à peine le temps d'un souffle. Lui reprend, incandescent, posant les mots, presque serein tant il est dans les instants confondus du présent et du texte. On est alors dans un bac sur une rivière bordée d'herbes hautes, avançant lentement, à la perche et à la force des bras. C'est un bateleur autant qu'un batelier, un passeur d'histoires et d'idées, un piroguier qui fait traverser des bouts de son univers. Puis il salue ses passagers de son sourire illuminé, leur jette des pleines brassées d'amour et les dépose, hagards, émerveillés du voyage et des gens rencontrés, au beau milieu de la ville et de la nuit.

Traîne pas trop sous la pluie
Avignon - Festival Off 2011 Du 15/07/2011 au 19/07/2011 à 23h15 Petit Louvre Chapelle des Templiers 3, rue Félix Gras Téléphone : 04-32-76-02-79.  

Traîne pas trop sous la pluie

de Richard Bohringer

Tradition orale Théâtre
Mise en scène : Richard Bohringer
 
Avec : Richard Bohringer

Graphisme :  Loïc Massicot

Durée : 1h30 et plus Photo : © Bruce Pierson