Publié le 22 juillet 2011
La compagnie Carpe diem consacre un cycle aux œuvres ayant pour contexte un moment historique crucial. Parmi elles, Effroyables Jardins, de Michel Quint. Une trame qui prend sa source pendant la seconde guerre mondiale.

Seul en scène, tout en délicatesse et avec une infinie pudeur, André Salzet donne vie à cette histoire qui court sur deux générations. Elle porte en elle de quoi aborder les thèmes du libre-arbitre, de la responsabilité, de la nécessité de vérité et de témoignage, mais aussi ceux du non-dit, de la transmission tacite, de la sensibilité éponge de l'enfance, du long chemin de la compréhension et de la résilience.

L'histoire en elle-même se dévoile pan par pan. D'abord par le propos de l'adulte, narrateur central, qui dit l'enfant qu'il a été, ses difficultés à assumer les moments où son père, instituteur de profession mais clown médiocre à ses heures, enfilait son nez rouge pour, en toute occasion et gratuitement, accomplir ce qui sans doute chez lui était un devoir sacré, une reconnaissance éternelle.

Ensuite quand, quelques années plus tard, à la sortie d'un cinéma, le cousin de son père lui raconte ce qu'ils ont vécu, avant sa naissance, pendant la guerre. Un de ces évènements si traumatisants qu'ils en deviennent fondateurs. Il est question de résistance, d'arrestation, de détention dans une fosse, de la mort plusieurs fois frôlée par ces deux hommes que l'écriture n'élève d'ailleurs jamais au rang de héros. Enfin quand elle trouve son épilogue au moment du procès Papon au début des années 2000.

Le battement d'ailes du papillon

Une émotion qui se diffuse lentement

Il est question de dette morale aussi, sauvés qu'ils sont par une dénonciation inespérée : l'épouse de la seule victime de leur sabotage, sachant son mari condamné par ses blessures et avec son accord, le désigne comme l'auteur de l'attentat, pour sauver les otages détenus par les allemands.

Pour faire vivre tout ce monde, l'acteur joue de ses déplacements et du placement de la voix - c'est là aussi si fin qu'on n'hésite à parler d'accent - et la mise en scène use d'un banc pour les souvenirs de l'écolier, d'un tabouret haut et d'un éclairage particulier pour signifier les interventions du soldat geôlier chargé de les surveiller dans leur trou. Chose qu'il fit, en homme libre, en faisant le clown, en tissant des liens, prodiguant des conseils plutôt que des coups de crosses.

L'ensemble suggère l'image d'un papillon : il y a la beauté des ailes ciselées et de leurs motifs, la grâce du vol et la légèreté de la pose, qui semble ne faire qu'effleurer l'air ou la tige mais qui pourtant provoque en elle un tremblement durable, qui l'ébranle en profondeur et l'anime longtemps. Avec ce texte, la performance d'André Salzet instille une émotion qui se diffuse lentement, par bouffées, encore dans les jours qui suivent, comme des bulles d'air remontent encore bien après à la surface quand l'onde a été remuée en profondeur.

Effroyables jardins
Avignon - Festival Off 2011 Du 08/07/2011 au 31/07/2011 à 12h30 Théâtre Notre Dame (Lucercaire Avignon) 17 rue du Collège d'Annecy 84000 Avignon Téléphone : 04 90 85 06 48.

Tarif : 16€

Tarif carte off : 11€

 

Effroyables jardins

de Michel Quint

Théâtre
Mise en scène : Marcia de Castro
 
Avec : André Salzet
Durée : 1h15 Photo : © Michel Paret