Belle du Seigneur (extraits)
Publié le 19 juillet 2011
Ce montage du texte d'Albert Cohen propose un plan serré sur les évolutions d'une femme dans l'espace de ses intimités. On la voit dérouler la complexité d'une personnalité comme elle ne pourrait le faire aussi intégralement aux autres ou dans un autre lieu.

 

Une baignoire centrale drapée de blanc écru. Ce drapé recouvre le sol et délimite l’espace scénique. Le public est au plus près et, bien que placé comme le seraient des chercheurs, avec le recul nécessaire à l'observation, il n’en reste pas moins à la portée des éclaboussures. La comédienne elle-même est vêtue de blanc éclatant - voilage, longue robe et dessous -,  ce qui ne montre rien mais ne dissimule rien non plus et permet d’être à la fois dans le pudique et dans l’intime.

La salle de bain est un de ces lieux, un espace commun mais que l’on peut annexer pour soi, où il est reconnu légitime de se préserver des autres, dans la quiétude duquel on ose se mettre à nu, se découvrir et s’observer, ou encore d'essayer au miroir de sonder l’insondable, l’intensité des regards, le langage du corps et tester des postures à resservir aux autres : « Are you talking to me ? » ("C'est à moi que tu parles?" in Taxi Driver). Ainsi, dans cet espace a priori anodin se cachent et se révèlent bien des mouvements de nos évolutions. Ce lieu, visité par plusieurs, s'avère tout autant un lieu de luxe, de calme et de volupté que témoin de confinement, d’apnées et d’angoisses.

Des angoisses, le personnage en exprime dans ce monologue qui rend le spectateur témoin, au travers des humeurs et des confidences, du va-et-vient qui sert d'élan au franchissement des étapes. Elle parle d'abord en femme, puis parfois de façon enfantine, nous promène au gré des découvertes, des lassitudes, des passions et des dégouts, des conquêtes et des indifférences. Parmi ces peurs, il en est de morbides qui vont apparaître, se calmer, ressurgir jusqu'à s'évanouir avec la dernière phrase : on est capable d'accepter de mourir dès lors que l'on a accepté de vivre.

Distance et proximité, intimité et pudeur, maturité et puérilité, sensualité et retenue, bien des aspects du personnage du texte et de ce moment de vie reposent sur des oppositions. Les circonstances estivales nous ont privé du contraste eau chaude (bain refuge) - air froid (inquiétantes incertitudes de la vie) propre à faire courir sur la chair le frisson qui délimite le plaisir et la douleur, ce qui aurait été bienvenu.

Dans ce contexte et cette intention, Roxane Borgna, tantôt légère et cynique, tantôt voluptueuse ou angoissée, trouve par la finesse et la nuance de son jeu la justesse pour exprimer toutes ces dimensions contraires et la puissance des désirs qui vivent dans le carcan de la morale. 

Avignon - Festival Off 2011 Du 08/07/2011 au 30/07/2011 à 18h30 Présence Pasteur Lycée Pasteur 13 rue du Pont Troucas 84000 Avignon Téléphone : 04 32 74 18 54 .

Relâche : Lundi (11, 18, 25)

Tarif : 13€

Tarif carte off : 9€

 

 

Belle du Seigneur (extraits)

de Albert Cohen

Comédie de moeurs Théâtre
Mise en scène : Renaud-Marie Leblanc et Jean Claude Fall
 
Avec : Roxane Borgna

Collaboration à la scènographie : Gérard Didier

Costumière : Marie Delphin

Assistant : Zachary Fall

Durée : 55 mn Photo : © Marc Ginot  

A partir de 16 ans