Publié le 18 juillet 2011
Un peu à l'écart du tumulte, dans une ancienne chapelle, se joue tous les soirs une farce familiale. Une démonstration par l'absurde et la cruauté des méfaits générés par toute tyrannie. Un texte dense dont la compagnie exploite et développe toutes les richesses.

Le début, loufoque et quasiment surréaliste, instille une ambiance de farce. Farce à laquelle on ne rit toutefois pas franchement car déjà, malgré le rire, s'installe une atmosphère pesante et oppressante, entre corset et camisole, qui tient le spectateur en haleine et sur le qui vive.

Il est saisi par la dangereuse dégénérescence des adultes de cette maison et les fâcheuses conséquences qui se dessinent sur le petit Charles, objet de toutes leurs attentions, de leurs instincts refoulés, de leurs névroses.

La maison vit en fait sous trois empires. L'un céleste, d'un Christ en croix dont même la nudité est dissimulée par un tricot et dont la fonction est de servir de socle à l'autre emprise, terrible celle là, qu'a la Tata (Albine) sur sa sœur Josèphe et son neveu Charles.

Le troisième enfin, plus insidieux, est le pouvoir que le petit a sur ces femmes. Car si cette pièce fait un sort à la religion, elle dit aussi l'ambiguïté des relations qu'ont parfois les femmes avec leur progéniture mâle, la possessivité de leur amour et l'infantilisation, la déresponsabilisation qui en découle. 

Une troupe et un spectacle rodés

Tout cela passe dans une mise en scène d'une grande qualité qui va au bout des situations et par des acteurs habités jusque dans leurs moindres gestes. Lina Cespedes, la tata, est parfaite dans ce rôle à la Folcoche, lèvres pincées et pince-sans-rire. Elle tyrannise, manipule à l'occasion et régente tout son monde. Anita Gillier, Josèphe - la mère - compose efficacement son personnage effacé, résigné, vaincu par sa soeur aînée et la culpabilité.

Camille Pilato, compositrice et instrumentiste (violoncelle), illustre musicalement la pièce. Elle dit aussi d'une voix ferme les interventions et la "normalité" du monde extérieur. Enfin, Jean Doucet joue Charles et ses envies de vie autre, met en scène, et fait les deux brillamment. Nulle surprise donc à ce que le spectateur ressorte conquis par ce quatuor.

le 18 juillet 2011 à 14:53
De : isabelle galland Titre : j'ai adoré on parlait de la Folcoche de Bazin, maintenant on parlera de la Tata de Jacques Borel. C'est une pièce qui fait froid dans le dos, bravo aux acteurs ! on en sors pas indemne !
le 22 juillet 2011 à 19:40
De : Patrick Duigou Titre : Un crescendo d'amour-haine Voilà une pièce qui vous emmène vers d'horribles confins, hélas tellement humains. Bravo aux 4 artistes qui habitent cette scène étouffante, oppressante, et en particulier au trio central : on comprend vite qu'il n'y aura pas d'issue heureuse. Qui manipule qui ? On ne sait plus et on se sent même coupable de voyeurisme face à cette implacable montée en tension. Un magnifique moment de théâtre.
le 22 juillet 2011 à 20:06
De : Daniel Rieu Titre : Tragédie! Voici une pièce qui vous glace le sang! Ce n'est pas une farce mais une tragédie. Les comédiens sont extraordinaires et bouleversants. La mise en scène, stricte et juste, sert admirablement le texte . On en ressort ébranlé, mais il faut courir voir ce spectacle à ne rater sous aucun prétexte.
Tata ou De l'éducation
Avignon - Festival Off 2011 Du 08/07/2011 au 31/07/2011 à 22H15 Théâtre des Amants 1, Place du Grand Paradis 84000 Téléphone : 04 90 86 10 68. Site du théâtre

Tarif : 16€

Tarif carte Off : 11€

Tarif enfant : 8€

 

Tata ou De l'éducation

de Jacques Borel

comédie satirique Théâtre
Mise en scène : Jean Doucet
 
Avec : Lina Cespedes, Jean Doucet, Anita Gillier, Camille Pilato

Assistante mise en scène : Marie Moriette

Costumes : Carole Pochard

Décors : Jérôme Mintrot

Peinture : Emmanuelle Gutierres Requenne

Photographies : Lise Doucet

Production :  Le Théâtre Ouranos

Durée : 1h20 Photo : © Lise Doucet