Éloge de l'oisiveté
Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 13 juillet 2011
L’oisiveté, mère prétendue de tous les vices, a mauvaise presse. Dominique Rongvaux prétend nous prouver le contraire. Et cela fait fichtrement du bien !

Notre morale occidentale s’est nourrie de ce postulat, sans doute très judéo-chrétien, qu’il fallait gagner sa vie à la sueur de son front. Aujourd’hui, la tournure ultralibérale qu’ont pris nos sociétés mène à l’évidence qu’il n’y a plus de travail pour tout le monde, que travailler ne s’accompagne pas nécessairement d’un salaire qui permette d’aller au-delà de la survie, que l’économique a asservi le politique. Alors même que les loisirs se sont multipliés et que les biens culturels sont foisonnants et pourraient être à la portée de tous.

En 1932 déjà, le philosophe Bertrand Russell avait écrit un texte qui s’interrogeait à propos de ce temps délivré de toute besogne obligatoire, dévolu au plaisir de soi que le progrès social semblait susceptible d’apporter aux hommes. Qu’en dire aujourd’hui alors que le chômage s’est accru, que l’inactivité est formatée par la télé ou internet, qu’il y a une théorie du « travailler plus pour gagner davantage » ?

Dominique Rongvaux s’est emparé de ce thème pour en faire un travail théâtral plein d’humour. Et farci de remarques susceptibles de nourrir des interrogations salutaires face au stress engendré par un labeur soumis à la rentabilité maximale, à la croissance obligatoire. C’est merveille de l’écouter dire La Fontaine, Russell ou Grozdanovitch, voire le petit Robert pour une étymologie éclairante du vocable « travail ». Il conte tous ces textes avec un flegme très britannique, ce qui en renforce sans aucun doute encore l’humour ou le ridicule de l’absurdité de nombre de concepts et de situations pourtant communément admises comme normales.

Retrouver le plaisir de vivre

Une fausse conférence pour de vraies idées

Le comédien passe allègrement d’un rôle de diseur redonnant vigueur à la fable à celui de Bertrand Russell lui-même dont une photographie souligne l’aspect physique tout en attestant d’une certaine ressemblance. Il ne dédaigne pas d’abandonner son public pour aller farfouiller en coulisses à la recherche de quelque document probant, laissant le spectateur méditer sur les vérités qui viennent de lui être assenées. Il se fait son propre porte-parole autobiographique le temps de l’une ou l’autre anecdote ayant trait au fonctionnement des grandes entreprises ; il s’étend avec volupté sur les mœurs étranges du paresseux.

Cette prestation est d’autant plus subversive qu’il y démonte des fonctionnements sociétaux passés à la moulinette de leur ridicule ou de leur incongruité, qu’il demeure dans une sobre simplicité et suscite une évidente complicité exempte de tout populisme. On sort de cette prestation prêt à jouir un peu plus et un peu mieux de la vie. Reste à tenir les promesses qui y sont liées.

Avignon - Festival Off 2011 Du 08/07/2011 au 28/07/2011 à 16h30 Théâtre des Doms 1bis, rue des Escaliers Sainte-Anne. Téléphone : 04 90 14 07 99. Site du théâtre Réserver   Ath - Belgique Du 18/10/2011 au 19/10/2011 à 20h Château Burbant Rue du Gouvernement Téléphone : +32 (0)68 269 999. Site du théâtre Réserver   Paris Du 21/03/2012 au 25/03/2012 à 21h di 19h Centre Wallonie-Bruxelles 46 rue Quincampoix Téléphone : 01 53 01 96 96. Site du théâtre Réserver  

Éloge de l'oisiveté

de Bertrand Russell, Denis Grozdanovitch, La Fontaine, Dominique Rongvaux

Théâtre
Mise en scène : Véronique Dumont
 
Avec : Dominique Rongvaux

Concept: Dominique Rongvaux

Lumières: Bruno Smit

Production: La Fabuleuse Troupe asbl

Durée : 1h05 Photo : © Anik Rubinfager  

Soutien : Le Théâtre de la Vie (Bruxelles)

Autorisation : The Bertrand Russell Peacer Foundation

Lectures :

Bertrand Russell, Éloge de l'oisiveté [1932], Paris, Allia, 2009

Denis Grozdanovitch,  Petit Traité de désinvolture, Paris, Seuil, 2005 ;  L’Art difficile de ne presque rien faire, Paris, Denoël, 2009