Macbeth d'après Shakespeare
Jean-Pierre BOURCIER Paris
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Publié le 8 novembre 2010
La tragédie de Sir William s'inspire de faits sanglants qui se sont déroulés dans le royaume d'Écosse au début des années 1000. Présages et folie portent Macbeth aux crimes, au pouvoir, à la mort. Le dramaturge allemand Heiner Müller en fit une version radicale. Le metteur en scène Jean-Claude Berutti reprend cette version avec une énergie évidente.

Voilà un champ de bataille effrayant. Un sol jonché de lambeaux de vêtements, de morceaux de chair qui semblent bien d'humains. Ce peut tout aussi bien être un palais des tortures avec ses hautes parois à claires-voies faites de grillage cachant astucieusement les accès d'entrées/sorties. Ce « Macbeth, d'après Shakespeare », signé par Heiner Muller, s'offre ainsi dans cette scénographie conçue par Rudy Sabounghi dont on connait le talent.

Cet espace tourmenté, déchiqueté, traduit, bien sûr, l'analyse du metteur en scène, Jean-Claude Berutti, le patron de la Comédie de Saint-Etienne qu'il quitte bientôt pour d'autres aventures.

Berutti, qui connait bien son Heiner Müller (1929-1995), inscrit cette œuvre du côté de « la monstruosité ». Pour lui, Macbeth – général écossais – met en sourdine l'humanité potentielle qui affleure chez Shakespeare pour mieux ouvrir les vannes de « la sauvagerie la plus contemporaine et la plus primitive ». Müller a connu le nazisme et ses conséquences puis l'occupation soviétique dans sa RDA (Allemagne de l'Est) et les censures. Ses héros portent la responsabilité de leurs actes. Leurs cynismes l'emportent sur leurs doutes.

Ambiance parfois "gore"

Un monstre donc, ce Macbeth, les fées en font l'annonce. Ses meurtres vont se succéder. Les paysans mais aussi ses compagnons comme Banquo, l'ami général écossais, et jusqu'au roi Duncan. Macbeth se sent comme investi d'une mission par les oracles des sorcières. Sa femme l'accompagnera dans ce voyage au bout de l'enfer.

Tout, dans cette production, participe à la destruction orchestrée d'une société, à un « no future » : le décor, les costumes (entre moyen-âge et la technicité du génétiquement modifié), l'enchaînement des scènes, les partis pris de sonorisation, les incursions de jeux façon cabaret.

On peut regretter une certaine ambiance « gore » qui provoque parfois l'hilarité dans la salle ou, pour le moins, une certaine réserve. Mais tous ces comédiens qui viennent de France et d'ailleurs – Berutti est président de la Convention théâtrale européenne qui regroupe plus de 40 théâtres de création subventionnés dans 22 pays d'Europe – font entendre des accents fantastiques en français.

Ainsi va le monde où les trahisons peuplent toujours les discours et les actes de nos puissants responsables. Des morts « politiques », il y en a encore. C'est une des forces de cette œuvre trop rapidement présentée à Saint-Étienne.

Saint-Etienne Du 15/10/2010 au 09/11/2010 à 20h La Comédie de Saint- Etienne 7, avenue Emile Loubet, 42048 Saint-Etienne Téléphone : 04 77 25 14 14. Site du théâtre  

Macbeth d'après Shakespeare

de Heiner Müller

Théâtre
Mise en scène : Jean-Claude Berutti
 
Avec : Roger Atikpo, Marc Badiou, Louis Bonnet, Larissa Cholomova, Sylvain Delcourt, François Font, Tommy Luminet, Jzcek Maka, Adela Minae, Ursa, Raukar, Ismaël Tifouche Nieto, Jérôme Veyhl

Traduction : Jean-Pierre Morel

Scénographie, costumes : Rudy Sabounghi

Lumière : Laurent Castaingt

Son : Fabrice Drevet

Vidéo : Daniel Cerisier

Réalisation maquillage : Nathy Polak

Dramaturgie : Yves Bombay

Assistant : Bertrand Perret

Durée : 2h Photo : © DR  

Réalisation des décors dans les ateliers de la Comédie de Saint-Etienne

Production : La Comédie de Saint-Etienne avec le Théâtre National de Craiova (Roumanie) et le ZKM, Théâtre des jeunes de Zagreb (Croatie).

Participation artistique de l'ENSATT